M. Blanqui s'embarque à Vienne sur le Danube, et descend ce beau fleuve jusqu'à Belgrade, où il rend une visite au prince Michel et à la princesse Lioubitza. A Belgrade il prend la voie de terre pour gagner Constantinople; il traverse successivement Vidin, dont le pacha, le fameux Hussein, l'exterminateur des janissaires, lui fait une magnifique réception, Nissa, Sophie, Ousonnjava, Andrinople et Constantinople. Un bateau à vapeur le ramène ensuite à Malte et à Marseille. L'importance actuelle et future du Danube, les dernières révolutions de la Servie, le caractère, l'agriculture et le commerce des Bulgares, la quarantaine et la navigation à vapeur en Orient, forment les sujets de plusieurs chapitres qui permettent au lecteur de reprendre haleine.... car M. Blanqui ne s'arrête pas longtemps dans le même pays. Enfin un rapport sur les prisons de la Turquie termine ce joli petit volume, dont la lecture est aussi agréable qu'instructive.

Poésies d'Antoinette Quarré, de Dijon; 1 vol. in-8º, 1843. Paris, Ledoyen.--Dijon, Lamarche.

Mademoiselle Antoinette Quarré est une jeune lingère qui a toujours habité Dijon, sa ville natale. Dès son enfance, elle aima passionnément la poésie. A peine les travaux de l'atelier lui laissaient-ils un instant du repos, elle lisait les tragédies de Racine; elle en récitait les plus belles tirades. Enfin, un jour le hasard fit tomber entre ses mains un volume des Méditations poétiques de M. de Lamartine. «Il me sembla, dit-elle, qu'un monde nouveau se révélait à ma pensée, et je m'abandonnai avec délices à l'enivrement de cette lecture, qui venait de compléter en quelque sorte mon existence intellectuelle. Ce livre chéri ne me quitta plus, et, à force de le relire, j'en appris bientôt toutes les pages. C'est ainsi que, accoutumée à cette langue harmonieuse des vers, j'en vins tout naturellement à la parler à mon tour; mes propres pensées se revêtirent d'elles-mêmes d'expressions poétiques, et j'y trouvai du plaisir. »

A dater de cette époque, mademoiselle Antoinette Quarré composa, dans ses moments de loisir, quelques petites pièces pleines de fautes et d'incorrections; car les règles de l'art lui étaient tout à fait inconnues; mais déjà un homme d'esprit et de goût. M. Roget de Belloguet, ayant pris connaissance de ces premiers essais, y découvrit les germes d'un beau talent. Il alla trouver la jeune fille ignorante, l'aida de ses conseils et de ses leçons, et plus tard lui fit ouvrir les colonnes d'une revue littéraire qui s'imprimait alors à Dijon. Les premiers vers publiés par mademoiselle Antoinette Quarré furent accueillis avec faveur. M. de Lamartine adressa à la jeune lingère dijonnaise une de ses plus gracieuses épîtres; dès lors la réputation de mademoiselle Quarré s'accrut dans la même proportion que son talent. Une souscription qui fut bientôt remplie s'ouvrit à Dijon pour l'impression de ses oeuvres choisies. Le Conseil municipal et l'Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon, s'empressèrent de s'associer à ce généreux mouvement d'une ville que sa réputation littéraire place au premier rang parmi les villes de la France.

Telle est l'histoire de ce charmant volume qui nous arrive de la capitale de la Bourgogne. Disciple de M. de Lamartine, mademoiselle Antoinette Quarré imite parfois un peu servilement les rhythmes de son maître; mais alors même qu'elles paraissent trop monotonement harmonieuses, ses strophes renferment toujours quelque pensée délicate ou profonde. Pour elle, la forme n'est évidemment qu'un moyen, qu'un accessoire. Elle a un but plus élevé, elle cherche à parler à l'âme ou au coeur. On a peine à comprendre, en lisant ses poésies, comment, au milieu des soucis d'une vie laborieuse et pauvre, en gagnant péniblement son pain de chaque jour, une jeune fille a pu atteindre à une pareille perfection de style, développer si largement son intelligence et trouver en elle de tels trésors de sentiment. Cependant le doute est-il possible? Les preuves ne sont-elles pas là dans nos mains, sous nos yeux? N'avons-nous pas lu Un fils, la réponse à M. de Lamartine, à mon Perroquet, à Dijon, la Madone, l'Invocation, et tant d'autres petits chefs-d'oeuvre qui nous autorisent à ajouter dès à présent le nom de mademoiselle Antoinette Quarré à la liste déjà si longue des écrivains auxquels Dijon s'enorgueillit d'avoir donné le jour.

Rimes héroïques, par Auguste Barbier. 1 joli vol. in-18. Paris, 1843. Paul Masgana, 3 fr. 50.

En feuilletant les oeuvres lyriques de Torquato Tasso, M. A. Barbier y a trouvé un recueil de sonnets intitulé: Rime héroïque. Ce sont des vers adresses à différents princes de l'Italie, en l'honneur de leur mariage ou de la naissance de leurs enfants. L'auteur des Iambes a pensé que ce titre pouvait s'appliquer avec plus de raison encore aux chants inspirés par ceux qui se sont dévoués au bien de leurs semblables. Il a donc recueilli toutes les pièces, de vers que, dans ses lectures ou dans ses voyages, l'émotion d'un pieux souvenir, un grand acte de vertu ou de patriotisme avaient pu lui inspirer, et les groupant par ordre de temps, il en a composé une sorte de galerie qu'il a décorée du titre de Rimes héroïques.--La forme du sonnet est celle que sa pensée a revêtue, «car, dit-il, ce petit poème, d'invention moderne, a le mérite d'encadrer avec précision l'idée ou le sentiment.»

M. le Maréchal comte d'Erlon.

M. le lieutenant-général Drouet, comte d'Erlon, vient, par ordonnance royale du 9 avril, d'être élevé à la dignité de maréchal de France.

Aux termes de la loi du 4 août 1839, sur l'organisation de l'état-major-général de l'armée, le nombre des maréchaux de France est de six au plus en temps de paix, et pourra être porté à douze en temps de guerre. Lorsqu'en temps de paix le nombre des maréchaux de France excédera la limite fixée, la réduction s'opérera par voie d'extinction; toutefois, il pourra être fait une promotion sur trois vacances.