--Comment savait-il cela?
--Ma foi, je n'ai pas poussé la curiosité si loin. Mais en général ce brave Sébastien avait toujours une abondante provision de renseignements pareils. Il en recueillait de tous côtés, soit pour son usage, soit pour celui de ses amis. C'était un héros d'aventures comparable à don Galaor.
--Quel mauvais sujet! Enfin vous séduisîtes ce malheureux José?
--Non, pas d'abord. Je me présentai comme un véritable garçon jardinier, en lui avouant que je n'étais peut-être pas très au courant du métier; mais je promis en revanche tant de zèle et de soumission qu'il m'accepta, et pendant huit jours, Sanche travailla très-sérieusement et très-maladroitement au jardin. Je m'étais imaginé que les religieuses venaient quelquefois s'y promener, mais je n'en vis qu'une seule, et ce n'était pas celle que je cherchais ni que je pouvais essayer de mettre dans mes intérêts: c'était l'abbesse elle-même! Un jour que j'étais occupé à tailler des rosiers, je la vis paraître au bout de l'allée avec votre oncle. Ils semblaient absorbés dans un entretien sérieux et venaient à moi. Et vite! je fis deux bouquets à la hâte, et je m'avançai pour les leur offrir. Ils les prirent en riant de ma tournure gauche et de ma mine embarrassée; mais leur préoccupation m'avait permis d'approcher jusqu'à entendre cette phrase de l'archevêque: «Oui, ma fille, arrangez-vous comme vous l'entendrez; arrangez-vous pour le mieux; mais il faut qu'il en soit ainsi!»
» Cela me détermina, outre que José, irrité de ma mauvaise besogne, parlait de me renvoyer. Je me découvris à lui. L'honnête vieillard fut épouvanté, mécontent; mais l'ennemi était dans la place, il eût été bien malaisé de l'en faire sortir sans esclandre. José préféra céder et me servir. Nous conspirions ensemble, et tous les jours un nouveau moyen était proposé, discuté et rejeté. Enfin, la mort de cette religieuse me parut une occasion propice; il fallait la saisir et frapper un coup hardi. Chère amie, tu sais le reste.
--Oui, je le sais; et vous, don Christoval, savez-vous quel quantième nous avons aujourd'hui?
--Le 1er septembre. Pourquoi?
--Le 1er septembre! Cette date ne vous dit-elle rien? En ce moment nous sommes dans l'anniversaire de cette nuit solennelle où, pour vous appartenir, je commis un crime! C'était une nuit tout comme celle-ci; il me semble que je m'y retrouve, que je revois les mêmes objets dans le même ordre, éclairés par la même lumière triste et mystérieuse. Ah! Christoval, il fallait bien vous aimer! Mais, va, je ne regrette pas ce que j'ai fait.
--Et pourquoi le regretterais-tu? Jusqu'ici, malgré nos traverses, n'avons-nous pas été heureux? Et nous le serons encore davantage dans l'avenir, j'en ai la confiance et le pressentiment.
--Crois-tu? Ah! mon ami, la malédiction de mon oncle!