Examinons actuellement quelle est la production sucrière de nos Antilles et celle de nos autres colonies à sucre. Réunies, elles peuvent produire aujourd'hui annuellement de 80 à 85 millions de kilogrammes. Dans ce chiffre la Guadeloupe figure pour 33 à 40 millions: la Martinique pour 25 à 30 millions; Bourbon pour 15 à 20 millions; Cayenne enfin, pour 2 millions de kilogrammes. En 1810, année du maximum, cette colonie nous en a fourni 2.111.115 kilog.

Nos colonies toutefois n'ont pas toujours donné une semblable production. Ruinées pendant l'occupation anglaise, elles ne donnaient plus, quand elles sont rentrées en notre pouvoir, que des produits insuffisants. Aussi une ordonnance du 23 avril 1814 dut-elle admettre les sucres étrangers à concourir sur le marché, sans distinction d'origine, avec les sucres des colonies françaises, au droit uniforme de 40 fr. par 100 kilog., droit, du reste, qui fut bientôt modifié par la loi du 17 décembre de la même année.

D'après les recherches de M. Moreau de Jonnès, le produit en sucre brut d'un hectare cultivé en cannes dans nos colonies donne les résultats suivants:

Martinique..... 1,150 kilog. de sucre brut.
Guadeloupe..... 1,500
Guyane......... 1,530
Bourbon........ 1.600

Ainsi à la Guadeloupe, que nous prenons par exemple, un hectare cultivé en cannes donne 1,500 kilog. de sucre brut qui sont fournis par 12,712 kilog. de vesou. En admettant que l'imperfection des machines ou celle des procédés de fabrication laisse au moins un tiers du jus dans la bégasse, nous aurons à la Guadeloupe une quantité de 19,000 kilog. de vesou par hectare. Dans l'Inde, un hectare donne aujourd'hui 32.000 kilog. En appliquant ici le même raisonnement qu'à notre colonie des Antilles, c'est-à-dire en tenant compte d'un tiers de jus laissé dans la bégasse, nous aurons pour chiffre total celui de 48,000 kilog.

La consommation du sucre, restreinte presque partout, et surtout en France, par des droits élevés, ne s'est augmentée depuis un certain nombre d'années que d'une manière insensible. En France, elle est de 4 kilog. par tête environ. En Belgique, elle atteint à peine ce chiffre. En Angleterre, où l'usage du thé et des boissons chaudes est plus général que dans les autres pays, la consommation s'élève à 8 kilog. par individu. A la Havane, elle est de 16 kilog.

Ces chiffres sont ceux qui sont le plus généralement adoptés, comme approchant le plus de la vérité. Car Neuman, qui a voulu fixer pour chaque pays de l'Europe la consommation en sucre, est tombé dans de graves erreurs. Il nous suffira de dire que, l'évaluant en masse à 1.011.000.000 de livres, il porte la part de l'Angleterre à 321.500.000 livres, celle de la Belgique à 60 millions, et fait descendre celle de la France à 178.500.000 livres. Cette proportion donnerait à l'Angleterre une consommation annuelle par tête de 20 livres, et à la Belgique de 15, proportion évidemment exagérée, tandis qu'en France la moyenne est supérieure au chiffre des évaluations de ce statisticien.

(La suite à un prochain numéro.)

Statistiques

MONT-DE-PIÉTÉ DE PARIS.