Revenons maintenant à Denderah (Tentyra), dont l'imposante façade est tournée vers le fleuve. Ce célèbre temple, construit en grès, est remarquable par sa belle conservation.--Il fut commencé par Cléopâtre et Ptolemée Césarion, son fils, et continué par tous les empereurs jusqu'à Adrien et Antonin le Pieux. Il est malheureusement enterré dans les décombres. La gravure ci-dessus le montre tel qu'il devait être à l'époque de sa plus grande splendeur. Les vingt-quatre colonnes, en partie enterrées, de ce magnifique portique ou pronaos, sont couvertes, ainsi que les murs qui les entourent, de sculptures peintes représentant des souverains faisant des offrandes aux divinités; le plafond est orné du fameux zodiaque rectangulaire; sur les quatre faces du chapiteau sont les têtes d'Isis au gracieux sourire et aux oreilles de vache; ces têtes, qui toutes ont été martelées probablement par les chrétiens lors du christianisme, ou par les musulmans iconoclastes, soutiennent des petits temples supportant les solives et les plafonds, dans lesquels sont sculptés ses épervier» déployant leurs ailes et portant des harpies, haches d'armes des Pharaons, et où l'on retrouve des femmes nues et allongées, qui, chez les anciens, étaient l'emblème de la voûte céleste.
Après de vaste portique, on entre dans une salle décorée de dix colonnes à tête d'Isis, et des sculptures peintes; cette salle communique dans les chambres et sanctuaires sacrés, et, par une rampe à des chambres à mi-étage dans lesquelles était le zodiaque circulaire, aujourd'hui à la Bibliothèque Royale de Paris.
Femme de la Basse-Egypte.]
Intérieur de la Mosquée de Moristan Femmes égyptiennes offrant des
au Caire. rafraîchissements à un idiot.
Jérôme Paturot à la recherche d'une position sociale et politique, par M. ***; tomes II et III, contenant huit chapitres entièrement inédits.--Paris, 1843. Paulin, 15 fr.
Jérôme Paturot est le Gil Blas du dix-neuvième siècle. Ces deux victimes de l'organisation sociale de leur époque se ressemblent, du moins sous tant de rapports, qu'il n'est pas permis de nier leur parenté; leur esprit seul le prouverait au besoin; ils appartiennent à la même famille, ils descendent du même père... Le bon sens français, ayant pour organe Le Sage, au siècle dernier, et, de nos jours, un écrivain célèbre, dont nous respecterons provisoirement l'anonyme, mais que les contrefacteurs belges persistent, malgré de justes réclamations, à désigner sous le nom de Rolle.
Jérôme Paturot n'avait d'abord publié que la première moitié de sa vie le récit de sa lutte contre la destinée pendant qu'il cherchait' avec tant d'ardeur et de simplicité une position sociale. Il complète aujourd'hui ses confidences et nous raconte les instructives vicissitudes d'une autre phase de son existence aventureuse. Qui n'a lu le premier volume de ses curieux mémoires? Qui ne connaît l'histoire touchante de sa jeunesse? son mépris pour le commerce des bonnets de coton, sa suite de la maison de son oncle, dont il ne veut pas être le successeur, sa passion pour la gloire, ses amours avec Malvina, ce représentant si fidèle de la grisette française? Comme tant d'autres de ses semblables, Jérôme manquait de réputation et d'argent..... Il voulait devenir célèbre et riche. Quels moyens n'employa-t-il pas pour conquérir la fortune et la gloire! Il fut tour à tour poète chevelu, rédacteur en chef d'un journal qui paraissait quelquefois, feuilletoniste, administrateur-fondateur de la société des bitumes du Maroc, écrivain ministériel, philosophe (et quel philosophe!) etc., etc. Enfin, ayant échoué dans toutes ses entreprises, ne pouvant pas se créer la position sociale qu'il avait rêvée, il se décide à s'asphyxier, en faisant des adieux poétiques à ce monde qui ne l'a pas compris... Mais Malvina l'arrache à la mort, son oncle lui pardonne, et l'heureux Jérôme, guéri de sa folie, revient de ses illusions, épouse sa maîtresse et devient marchand de bonnets de coton dans la rue saint-Denis.