L'Enfant vivant à quatre jambes, offert à l'admiration des bipèdes, ses dissemblables, moyennant la bagatelle de quatre centimes par tête;
Le phénomène né à Berne, et âgé de 14 mois, lequel n'est autre qu'un veau de Pontoise orné de plus de pattes que n'en comporte sa qualité de quadrupède;
Le singe mathématicien;
Le nain et la naine Bébé, hauts de cinquante-deux centimètres au-dessous du puits de Grenelle;
Les dames bâtonnistes, honorées des suffrages de S. M. le roi de Prusse;
Les exercices de Laroche, modèle de l'Académie royale, qui, par la seule force de l'échine, soulève (sur l'affiche) un quadrige chargé de quinze militaires;
L'aimable Physicienne, qui, après avoir escamoté les mouchoirs de toute la réunion, nous renvoie le nôtre en l'air, en nous disant avec le plus charmant sourire: «Excusez, Monsieur, si je vous le jette!»
Enfin, les curiosités neuves et inconnues jusqu'à ce jour, et qui, pour cette raison, n'ont point encore été offertes à la capitale; ainsi se borne à les désigner, par une savante réticence, le tableau qui convie le public à venir en prendre connaissance. Qu'est-ce que ces curiosités? Il y aurait, en vérité, indélicatesse à vous le dire; nous porterions trop de préjudice au chef de l'établissement. Faites comme nous; allez les voir. Il n'en coûte que cinq centimes pour les admirer, et encore on ne paie qu'en sortant, au cas où l'on est satisfait... Mais on est toujours satisfait!
Au milieu de tant de jouissances, la fin du jour est arrivée, et une fusée, partie d'un balcon du château, donne le signal du feu d'artifice disposé le long du quai d'Orsay. C'est la pièce capitale des divertissements de la journée, et la seule qui ait le don de fixer la curiosité publique. Cette année, le feu du 1er mai n'a brillé ni par sa splendeur ni par une grande nouveauté; les progrès de la pyrotechnie ne nous semblent pas en rapport avec ceux de la science chimique en général. Cet art est fort stationnaire: des moulinets, des fusées, des chandelles romaines et les éternels feux du Bengale semés dans la voûte des cieux avec ordre et économie, tel a été, comme toujours, le menu de l'éruption artificielle; ce à quoi il faut ajouter pourtant une décoration représentant, à ce que l'on nous a assuré, le char de Neptune entouré de toutes les divinités nautiques. L'eau et le feu, ces ennemis jurés et irréconciliables, avaient fait trêve pour cette fois. La magnificence du bouquet, qui, présentant à l'oeil un immense éventail diapré de toutes couleurs, a un instant projeté une lueur vésuvienne sur le vaste panorama de la ville et des hauteurs environnantes, et quelque peu racheté la maigreur de l'ensemble. Un autre feu d'artifice était en même temps tiré à la barrière, du Trône, pour l'usage particulier du plus populaire des faubourgs, à qui il faut aussi sa part de soleils et de bombes tricolores, et qui ne s'en laisserait pas frustrer patiemment, car un jour de 1er mai, tous les citoyens sont égaux devant le soufre et le salpêtre. Après le feu d'artifice, les illuminations, quelque brillantes qu'elles puissent être, semblent passablement mesquines: aussi n'excitent-elles qu'un médiocre intérêt, à part toutefois celle de l'avenue de l'Étoile, qui offre véritablement un coup d'oeil prestigieux. La foule se disperse donc presque aussitôt après le bouquet, et chacun regagne son logis; heureux s'il y parvient ce soir-là sain et sauf, et ne reçoit pas dans les jambes, au détour de quelque rue sombre, un de ces pétards à l'aide desquels les gamins de chaque quartier se donnent, au mépris des règlements de police, des feux d'artifice particuliers durant une partie de la nuit. Nous l'avons déjà dit, le gamin est le roi des fêtes officielles; c'est à lui qu'elles sont spécialement dédiées, et c'est pour sa satisfaction qu'à pareil jour Paris dépense chaque année plusieurs centaines de mille francs.
Quant au reste de la population, nous ne connaissons guère qu'un moyen de lui faire goûter les divertissements ordonnés par le pouvoir municipal: ce serait de lui appliquer le précepte du grand sultan Schahabaham, et de faire publier à son de trompe «que quiconque ne s'amusera pas sera empalé séance tenante.»