Au-dessous du fronton, occupé par un demi-relief qui représente vraisemblablement un épisode de la triste catastrophe, est écrit: Paix aux victimes du VIII mai! souhait pieux contre lequel proteste brutalement, à chaque instant du jour, le fracas des wagons qui passent comme l'ouragan.
Enfin, sur la porte, peinte en rouge, ces deux mots: De profundis, sollicitent des visiteurs une mélancolique et courte prière, trop rarement accordée sans doute.
La chapelle Notre-Dame-des-Flammes, toute en pierres de taille, est assise sur un petite tertre sablonneux d'où l'oeil embrasse un superbe panorama: de belles prairies, une partie du cours de la Seine, et là-bas, dans un lointain vaporeux, Paris avec ses magnificences architecturales à demi voilées. Un treillage de bois, à l'intérieur duquel règne une guirlande de buis jaune, dessine autour du monument un pourtour triangulaire; à chaque angle s'élève une modeste croix de bois.
La chapelle est si près des rails, que, de l'intérieur de l'enceinte qu'elle occupe, on éprouve sensiblement l'impression de l'air chassé par la violence des convois qui passent.
L'édification de Notre-Dame-des-Flammes est due à l'une des personnes les plus cruellement éprouvées par la catastrophe du 8 mai. M. Lemarié, architecte, ayant perdu, dans ce jour néfaste, son fils, sa belle-soeur et un cousin, a voulu consacrer à leur mémoire ce monument de pieux regrets, élevé par lui-même, et qui ne fait pas moins honneur à son talent qu'à son coeur.
La chapelle de Notre-Dame-des-Flammes a été inaugurée, le 16 novembre 1842, par M. l'évêque de Versailles. On a attaché à sa fondation une institution régulière de quatre messes par an, qui doivent être dites par M. le curé de Meudon, indépendamment de celles que peuvent demander les parents des victimes. Le lugubre anniversaire y a été célébré lundi dernier, à onze heures du matin, par une cérémonie religieuse.
Nous renonçons à décrire la physionomie de tristesse religieuse de cette petite chapelle blanche qui s'élève, comme une muette prière, à côté de la voie sur laquelle s'agitent pêle-mêle, avec une précipitation bruyante, les passions, les affaires et les plaisirs des hommes. Il y a là un effet de contraste qui jette sur le chemin de fer un reflet de poésie que nous n'aurions jamais eu, avant, la hardiesse de soupçonner dans un chemin de fer.
La Vengeance des Trépassés,
NOUVELLE.
(Suite.--Voyez p. 75, 89, 105, 121 et 157.)