Le jeune amant sans barbe à la barbe du vieux.

3º Une vieille duègne, que le docteur place auprès de Lise, pour la surveiller pendant qu'il visite ses malades.

4º Un jeune seigneur, épris de Lise, qui lui fait la cour en perspective, puis se déguise pour arriver jusqu'à elle, et finit par l'enlever au docteur, malgré ses précautions inutiles, ses verrous, ses grilles et sa duègne.

Ne voilà-t-il pas, trait pour trait, les originaux de Bartholo, de Marceline, de Rosine et d'Almaviva?

Avec ces éléments et le talent dramatique dont la nature l'avait si richement pourvu, comment Sedaine n'aurait-il pas fait une comédie plaisamment intriguée, vive, spirituelle et réjouissante? Il n'y a pas manqué, vous pouvez le croire, et les habitués de l'Opéra-Comique ont accueilli comme une bonne fortune cette résurrection de l'esprit sans apprêt et de la franche gaieté d'autrefois.

«La musique, a dit M. Mocker, chargé de jeter au public le nom des auteurs, la musique est de M. Lefèvre.» Lefèvre! Aviez-vous jamais vu figurer ce nom sur la liste des compositeurs du dix-huitième siècle?--Non.--Et parmi ceux du temps présent?--Pas davantage.--Si nos souvenirs sont exacts, le musicien collaborateur de Sedaine fut Monsigny, qui, alors, livra son nom au public, et qui, sans doute, n'est pas sorti du tombeau tout exprès pour se déguiser sous un nom d'emprunt. D'ailleurs la musique que nous avons entendue à l'Opéra-Comique n'est pas celle de Monsigny. Qu'est-ce donc que Lefèvre, dont personne n'a jamais entendu parler, dont le nom n'a jamais figuré en tête du moindre morceau de salon, de la plus modeste romance? A la rigueur, nous pourrions facilement vous le dire. Vous le connaissez, lecteurs de l'Illustration..... Mais, chut! je le vois d'ici qui me reproche mon indiscrétion, et me fait entendre, que la vengeance des vivante est pour le moins aussi redoutable que celle des trépassés. Je me tais donc, et me borne à vous dire que sa musique est comme sa prose, correcte, pure, facile, naturelle, élégante sans recherche, et spirituelle sans effort et sans affectation. J'y dois signaler de plus un mérite fort rare, et qui fait de la nouvelle partition une oeuvre à part. L'auteur, travaillant sur un poème qui date de plus de soixante années, a senti que, pour qu'il y eût unité dans l'ouvrage, il devrait se mettre, par la pensée, à côté de son collaborateur. Ainsi a-t-il fait. Vous trouverez dans On ne s'avise jamais de tout le caractère et les charmantes qualités de la musique d'autrefois, la mélodie simple et naïvement expressive, l'harmonie claire et naturelle, les formes, les modulations, les cadences finales usitées au temps de Sedaine. Vous croirez entendre quelque oeuvre inédite de Grétry ou de Dalayrac,--en supposant toutefois que Grétry ait appris le contre-point, et que Dalayrac ait eu, cette fois, à sa disposition toutes les conquêtes matérielles de l'instrumentation moderne.

--Parmi les innombrables concerts de cette année, celui qui a été donné dernièrement par madame Biarez mérite d'être particulièrement remarqué. Madame Biarez était naguère une femme du monde, et n'avait, à cultiver la musique, aucun autre intérêt que le plaisir qu'elle y trouvait. Mais la musique est une amie qui n'oublie jamais ce qu'on a fait pour elle, et qui vous reste fidèle après que tous les autres amis vous ont abandonné. Frappée par les événements, madame Biarez a demandé à la musique ce que la fortune venait de lui enlever, et maintenant elle est artiste, et artiste distinguée, comme son concert l'a prouvé. Sa voix est pure, accentuée et vibre délicieusement. Son exécution est très-correcte et son chant très-expressif. C'est principalement sous ce dernier point de vue que madame Biarez mérite de fixer l'attention. Plusieurs artistes éminents, MM. Haumann, M. Herz, madame Dorus, etc., s'étaient joints à elle, et une nouvelle inédite de M. Frédéric Soulié, fort bien lue par M. Roger, est venue ajouter un vif intérêt littéraire à toutes les jouissances musicales de cette soirée. De nombreux et fréquents applaudissements ont prouvé à madame Biarez la satisfaction de l'assemblée qui s'était réunie pour l'entendre.

Correspondance

A MONSIEUR LE RÉDACTEUR DU JOURNAL L'ILLUSTRATION.

Monsieur le Rédacteur,