Vous avez du bon tabac dans votre tabatière, ô théâtre des Variétés! cela est possible, et votre affiche l'annonce; mais quelques bonnes pièces dans votre salle vaudraient mieux encore et ne feraient pas mal. Votre bon tabac lui-même n'a pas grand goût, et ne saurait être reçu pour du pur Virginie. La scène se passe dans un bureau de tabac; et c'est là toute la malice: un certain marquis y vient roder pour les beaux yeux de la dame de céans. Celle-ci a du penchant pour les marquis et les priserait volontiers; mais le mari est jaloux et surveille; il a du bon tabac dans sa tabatière, et entend que personne n'y touche. J'aurais grand'peur pour le mari, malgré ses airs d'Othello en carotte, si quelqu'un, ou plutôt quelqu'une, ne venait à son aide, préservant d'une éclipse menaçante son astre conjugal peu à peu pâlissant. M. le marquis a laissé derrière lui une jeune femme abandonnée; cette Ariane prend les vêtements d'un aimable cavalier, et fait concurrence dans le coeur de la tabatière, aux séductions du marquis. Elle le dépiste ainsi, et le met en déroute, se déclarant après la victoire, et jouissant de la défaite de son infidèle, qui s'humilie, se repent et tombe à ses pieds. C'est tout au plus si le public a dit à ce vaudeville de MM. Desnoyers et Danvin: «Dieu vous bénisse!»

MM. Alboise et Paul Foucher font couler des ruisseaux de larmes au théâtre de la Gaieté; Marguerite Fortier en est cause; et comment ne pas s'attendrir aux infortunes de Marguerite et ne pas accompagner de sanglots son innocence persécutée; Marguerite est la victime d'un abominable pendard; ce pendard vole, et c'est Marguerite Fortier qu'il accuse, et l'innocente porte la flétrissure de cette calomnie; pendant dix ans, on la pourchasse, on l'emprisonne; elle est maudite à droite, à gauche, de tous les côtés. Enfin! enfin! le jour de la récompense arrive: le bandit est récompensé par le gendarme et le procureur du roi, et Marguerite par l'estime de tous les honnêtes gens; on peut dire que cette estime-là, elle ne l'a pas non plus volée!

Une comédie de M. Lesguillon a essuyé, au second Théâtre-Français, les bourrasques du parterre; quelques jolis vers n'ont pu la soutenir dans ce naufrage. Requiescat!

THÉÂTRE DE L'OPÉRA-COMIQUE.

On ne s'avise jamais de tout, opéra-comique en un acte.

Cette pièce est de Sedaine, en date de 1775, ou à peu près. --Voilà qui est bien vieux!--D'accord; mais le Misanthrope est bien plus vieux encore, et les pièces de théâtre ne sont pas sans doute du nombre de ces choses que la nature a condamnées à enlaidir en vieillissant.

On ne s'avise jamais de tout! Voilà, pour un opéra-comique, un titre qui promet. Calculez, si vous l'osez, tous les stratagèmes amoureux, toutes les ruses de guerre, toutes les perfidies féminines, toutes les déceptions, toutes les mystifications que peut renfermer un magasin qui s'annonce par une pareille enseigne. Beaumarchais a intitulé sa comédie: Le Barbier de Séville, ou la Précaution inutile. Pourquoi ne l'a-t-il pas plutôt intitulée: Le Barbier de Séville, ou l'on ne s'avise jamais de tout? Vraiment, il n'eût pas demandé mieux: mais Sedaine avait pris les devants, et Beaumarchais, en homme habile qu'il était, a compris que c'était bien assez de voler à son prédécesseur ses personnages, et qu'il fallait au moins respecter son titre, qui eut mis le plagiat trop à découvert.

En effet, il y a, dans le petit opéra de Sedaine, quatre personnages:

1° Un vieux médecin, tuteur d'une jeune fille dont il est amoureux, qu'il veut épousera tout prix, et qu'il tient hermétiquement enfermée, afin de lui arracher par force et par surprise un consentement qu'elle lui refuserait infailliblement si elle connaissait mieux le monde, et si elle se connaissait mieux elle-même.

2° Cette jeune fille, qui en sait plus long que le docteur ne le pense, à qui la captivité enseigne la dissimulation, à qui l'oppression donne de la volonté et du courage, et qui choisit, ouvertement et sans façon