M. J. Willm a divisé son travail en trois parties: dans la première partie, il recherche le principe et le but de l'éducation en général. Selon lui, le vrai principe de l'éducation doit être universel, exclusif de tout intérêt particulier, de tout but spécial qu'on voudrait poursuivre aux dépens de tout le reste, bien que servant tous les intérêts légitimes et tout but raisonnable, embrassant tous les sentiments, toutes les dispositions essentielles et pouvant s'appliquer à tous les états, à toutes les classes de la société et à tous les genres d'écoles et d'éducation.--Son but est de former l'homme d'abord, puis le citoyen, puis l'artiste, le soldat, le laboureur ou l'artisan; de jeter les fondements d'une oeuvre que toute la vie, quels qu'en soient d'ailleurs les accidents et les destinées particulières, sera consacrée à continuer, à perfectionner: d'appeler au jour tous les germes de raison, de vertu, de grandeur qui constituent la vraie nature humaine, et de les développer assez pour leur assurer la victoire sur toutes les dispositions contraires. Cette éducation générale doit être la base et la condition de toute éducation particulière. Si, a raison des diverses conditions de la société et de la destination présumée des élèves, elle était diversement appliquée, il ne saurait y avoir de différence que sous le rapport de la quantité et non sous celui de la qualité: mais cette éducation générale, une dans son principe et dans son but, se compose d'éléments divers. Pour être complète, il faut qu'elle soit tout à la fois morale, intellectuelle, esthétique et religieuse;--car l'homme aspire naturellement au bien, au vrai, au beau, à l'infini--et en même temps sociale et nationale, puisque l'homme n'est rien que par la société.

Ces principes posés, M. J. Willm cherche à les appliquer, à montrer ce que peut et ce que doit être dans les écoles primaires populaires cette éducation générale dont il a tracé le plan. Il traite successivement, dans la seconde partie de son Essai, de l'organisation des écoles primaires et de la construction des maisons d'école, ainsi que du mobilier; de l'éducation et de l'instruction dans ces mêmes écoles; de la méthode et de la discipline, de l'administration et de la surveillance de ces écoles. Il termine par l'examen de ces deux questions; Faut-il rendre la fréquentation de l'école primaire obligatoire? et l'instruction primaire doit-elle être gratuite? M. J. Willm demande que tous les enfants qui ont atteint l'âge de six ans soient annuellement soumis à une sorte de conscription scolaire et tenus de payer la rétribution mensuelle, si leurs parents sont assez aisés pour cela, ou amenés à l'école, s'ils sont pauvres, par tous les moyens dont peut disposer l'administration.

Le sort des écoles populaires dépend principalement du dévouement éclairé, du zèle et de l'habileté des instituteurs. Pour que les écoles soient bonnes, il ne suffit pas de les placer dans des maisons parfaitement appropriées, dans des salles vastes, saines, bien éclairées et munies de tout ce qui est nécessaire à l'enseignement, il faut surtout qu'elles soient dirigées par des maîtres habiles et dévoués. Or, pour que les maîtres soient habiles, il faut leur fournir les moyens d'acquérir les connaissances nécessaires a leur état, et pour soutenir leur zèle, il faut travailler à rendre leur position aussi bonne et aussi honorable que possible. M. J. Willm s'est donc occupe successivement, dans la troisième partie de son Essai, des moyens de former les instituteurs, et spécialement des écoles normales primaires: des moyens de leur faire continuer leur instruction après leur entrée en fonctions, et spécialement des conférences et des bibliothèques de l'école; enfin des moyens matériels d'améliorer leur condition, et des encouragements qu'il convient de leur offrir pour soutenir leur zèle.

M. J. Willm achève la conclusion de son ouvrage en demandant qu'il soit créé au sein de l'Académie des Sciences morales et politiques une section de pédagogie, et que quelques chaires soient consacrées, à Paris et dans les départements, à cet art, le plus important de tous, puisqu'il a pour but de former les hommes.

Bluettes; par Eugène de Lonlay. I vol. in-18.--Paris. 1843. Amyot.

Comment ne pas accueillir avec intérêt un charmant volume bien imprimé sur du papier satiné, qui se présente sous un titre si modeste et vous demande humblement un regard et un sourire bienveillants? Quel reproche le critique le plus dur aurait-il le courage d'adresser à des Bluettes, surtout lorsque Béranger déclare les avoir lues avec infiniment de plaisir, lorsqu'elles ont déjà eu deux éditions, et engin lorsque leurs grâces naïves et leur tournure originale méritent réellement le succès qu'elles ont obtenu? Ce qu'il faut au poète, a dit M. E. de Lonlay dans sa première Bluette.

Ce qu'il faut au poète,

C'est l'amour!...

L'auteur des Bluettes est-il poète? Bien qu'il fasse des vers charmants, nous attendrons, pour lui décerner un si beau titre, la publication du Trappiste; mais, poète ou compositeur d'agréables romances, il a ce qu'il lui faut, il est amoureux; ne nous étonnons donc pas s'il ne chante que sa passion. Jetez les yeux sur la table générale des Bluettes, qu'y voyez-vous: «Avoir tout à t'offrir.--Es-tu fille des cieux?--Ne m'oubliez pas.--Tes yeux ont pris mon âme.--Que peut-elle faire?--Je me souviens toujours.--Tout un jour sans te voir.--Loin des yeux, près du coeur, etc.» Aussi M. E. de Lonlay donne-t-il ses vers à celle qui seule, en les lisant, pourra dire: C'est moi; il les lui donne «comme aux vertes savanes, la rosée abandonne ses perles limpides, connue sur les sentiers l'aubépine épand ses débris embaumés, comme à la terre endormie l'aube jette ses rayons d'or, comme aux coquettes plantes de ses rives le lac prête son miroir mouvant, comme la fleur à l'abeille donne son miel, comme au pèlerin l'étoile donne sa clarté, comme à l'Éternel le croyant donne sa prière, comme à la mère l'enfant donne ses premières caresses, la vierge à son amant le parfum de son premier baiser.»

Océanie, ou Cinquième partie du Monde, revue géographique et ethnographique de la Malaisie, de la Micronésie, de la Polynésie et de la Mélanésie; par M. G.-L. Domeny de Rienzi. 3 vol. in-8º, ornés de gravures et cartes. Paris. Firmin Didot. 1843.