Un de nos dramaturges fameux et d'origine africaine a particulièrement cette maladie des croix; il en a dépeuplé l'Espagne, la Belgique, la France, et surtout l'Italie. Un jour, il entrait dans un salon avec une collection de décorations sur la poitrine, enfilées les unes au bout des autres, et pareilles à deux douzaines de mauviettes à la broche. «Que faites-vous de tout cela? lui demanda quelqu'un.--Que voulez-vous, répondit le Californien, ça amuse les nègres!» M. Alexandre D... aurait pu ajouter que ça sert aussi à faire la traite des blancs.
Le brave capitaine Bruat s'est embarqué depuis peu de temps pour aller prendre possession des îles Marquises dont il est gouverneur. Le plus grave, le plus austère de nos ministres lui dit, après l'audience de congé: «Allez, monsieur, partez pour cette contrée inculte et lointaine: tâchez de civiliser les hommes et de rendre les femmes sauvages!»
Le Cirque-Olympique vient de mettre fin à ses batailles du boulevard du Temple; son canon ne tonne plus; sa gargousse sommeille. Le Cirque a pris possession de sa maison de campagne des Champs-Elysées; déjà Auriol grimpe aux frises et sourit, et mademoiselle Caroline caracole.
MANUSCRITS DE NAPOLÉON.
(Suite.--Voyez p. 22, 38, et 70.)
LETTRES SUR LA CORSE A M. L'ABBÉ RAYNAL.
LETTRE TROISIÈME ET DERNIÈRE
Monsieur.
Les Génois, maîtres de la Corse, se comportèrent avec modération; ils prirent les conventions del Lago Benedetto pour base de leur gouvernement; le peuple conserva une portion de l'autorité législative; une commission de douze personnes, présidée par le gouverneur, eut le pouvoir exécutif; des magistrats élus par la nation et ressortissant du syndicat eurent la justice distributive. A leur grand étonnement, les Corse se trouvèrent tranquilles, gouvernés par leurs lois; ils crurent qu'ils devoient désormais oublier l'indépendance et vivre sous une forme de gouvernement propre à rendre à la patrie toute la splendeur dont elle étoit susceptible. Les Génois trouvoient dans la Corse de quoi accroître leur commerce; ils y trouvoient des matelots et des soldats intrépides pour augmenter leur force.... Mais il étoit à craindre que, situés si avantageusement, ces insulaires ne fissent un commerce nuisible à celui de la métropole; il étoit à craindre qu'avec l'accroissement de forces que donne un bon gouvernement, ils ne devinssent indépendants en peu de temps. La jalousie politique sera toujours le tourment des petits États, et l'on sait que la jalousie commerciale a toujours été la passion spéciale de Gênes.
D'ailleurs tous les ordres de l'État, accoutumés à se partager les possessions de la République, murmurèrent contre une administration où ils n'avoient point de part, où il n'y avoit point d'emploi pour eux. «A quoi nous a servi la conquête de la Corse, si l'on doit conserver à celle-ci un gouvernement presque indépendant; il valoit vraiment bien la peine que nos pères répandissent tant de sang et dépensassent tant d'argent,» disoit-on publiquement à Gênes. La grande noblesse voyoit avec dépit l'autorité du gouverneur restreinte, réduite presque à rien par le conseil des Douze et par les assemblées populaires. La petite noblesse, dite noblesse du grand conseil, que l'on peut appeler le peuple de l'aristocratie, attendoit avec une impatience facile à concevoir, l'occasion de pouvoir se saisir de tous les emplois qu'occupoient les Corses. Les prêtres convoitoient nos bénéfices; les négociants aspiroient au moment où ils pourroient, au moyen de sages lois, fixer seuls le prix de nos huiles et de nos denrées.