Des sommes importantes sont distribuées tous les ans en prix et encouragements divers aux différentes branches de l'horticulture; ces prix ne sont pas toujours disputés avec toute la loyauté possible. Il y a des exemples de dahlias couronnés comme nouveaux et à fleurs parfaites, qui n'étaient autre chose que des fleurs factices; on avait inséré avec beaucoup d'art des fleurons de forme régulière dans le calice commun, à la place des fleurons défectueux. Les fraudes du même genre sont très-fréquentes, et les juges des concours, quelle que soit leur expérience, ont beaucoup de peine à les reconnaître.
Cette année, l'exposition de la Société royale d'Horticulture de Paris a été des plus brillantes; le vaste local de l'Orangerie de la Chambre des Pairs était entièrement rempli de fleurs remarquables par leur rareté, leur élégance ou la beauté de leur végétation.
Madame la duchesse d'Orléans a voulu ajouter, cette année, aux prix décernés sur les fonds de la Société, une médaille d'or de la valeur de 200 francs, sans destination spéciale, s'en remettant au jury de l'exposition du soin d'en disposer. Cette médaille a été obtenue par M. Tripet-Leblanc pour sa collection de 700 tulipes.
Les regards des connaisseurs se sont principalement arrêtés sur un uncidium papilio, admirable orchidée provenant des cultures de M. Lhomme, jardinier en second du jardin de l'École de Médecine, rue d'Enfer. Nous avons donné un dessin de cette fleur dans un de nos précédents numéros. La partie la plus brillante de l'exposition appartenait à MM. Cels frères; les plantes de toute nature qu'ils avaient apportées et dont plusieurs paraissaient pour la première fois dans une exhibition publique en Europe, l'emportaient en nombre, en variété et en beauté de végétation sur tout le reste de l'exposition. Nous donnons à nos lecteurs le dessin d'après nature d'une des plus belles plantes exposées par MM. Cels, la brassia Cawini, appartenant à la famille des orchidées.
Les pelargoniums étaient nombreux à l'exposition; la beauté des collections exposées montre les progrès de la culture de ce beau genre. Nous reproduisons le pelargonium zampa, ou carliana, des cultures de M. Chauvière, l'un des plus beaux de tous ceux qui figuraient cette année à l'exposition.
Les masses de rhododendrums, d'azalées, de cinéraires, de calcéolaires, de rosiers, de pensées, témoignent du goût toujours croissant du public pour les fleurs de collection.
Dans une allocution pleine d'intérêt, M. Héricart de Thury, écartant les fleurs de rhétorique toujours déplacées à propos et en présence de tant de belles fleurs naturelles, s'est contenté de faire ressortir quelques-uns de ces faits dont nul ne peut contester l'éloquence. C'est ainsi qu'il a rappelé à l'assemblée, dont bien des membres auront hésité sans doute à le croire sur parole, que les plantes réunies dans l'orangerie du Luxembourg pour l'exposition dépassaient la valeur de 300,000 francs, sur lesquels la collection seule de MM. Cels en valait plus de 30,000. Nous croyons, nous, que MM. Cels, en donnant pour 30,000 francs les plantes qu'ils avaient apportées à l'exposition, auraient fait un très-mauvais marché, et que l'ensemble des plantes exposées valait plus de 400,000 francs, chiffre qui dit assez à lui seul l'état avancé et progressif de l'horticulture en France.
Outre les prix décernés comme encouragement à divers genres de cultures spéciales, la Société royale d'Horticulture a aussi accordé des médailles à divers objets d'art accessoires relatifs à l'horticulture, parmi lesquels nous avons remarqué des vases en terre cuite de formes élégantes et variées, dont nous reproduisons ceux qui nous ont paru de meilleur goût.
Beaucoup de transactions particulières ont eu lieu pendant le cours de l'exposition. Nous y avons remarqué un grand nombre de riches Anglais: ils pourront dire dans leur patrie que nous aussi nous savons cultiver les fleurs.