Deux paroisses, de Paris, Sainte-Marguerite faubourg Saint-Antoine, et Saint-Médard faubourg Saint-Marceau célèbrent encore tous les ans avec pompe, le .30 du mois d'août, la fête de saint Fiacre; les plus belles fleurs et les plus beaux fruits de la saison y sont présentés à l'offrande par de jeunes jardinières, vêtues de blanc, en présence de toute la population jardinière du 8e et du 11e arrondissement.

Exposition des produits de l'Horticulture à l'Orangerie
de la Chambre des Pairs.

Dans le Midi, la corporation des jardiniers s'est placée sous l'invocation de sainte Madeleine. Nous n'avons pu découvrir quel rapport les fleurs et le jardinage pouvaient avoir avec la légende de cette sainte.

En France, les sociétés d'horticulture ont peu de passé; la Société royale d'Horticulture de Paris est une des plus anciennes, sinon la plus ancienne de France: sa fondation ne remonte qu'à l'année 1827. Elle compte parmi ses membres les hommes les plus haut placés dans l'aristocratie de naissance et d'argent. Le nombre de ses membres est illimité; chacun d'eux paie une rétribution annuelle de 20 fr. Un nouveau règlement tend à rendre à l'avenir les choix plus sévères qu'ils ne l'ont été par le passé. La concorde et l'harmonie, nous regrettons de le dire, n'ont pas toujours régné au sein de la Société royale d'Horticulture de Paris. Un grand nombre d'horticulteurs de profession ont formé, sous le nom de Cercle des Conférences horticoles de la Seine, une société séparée, qui n'admet dans son sein que des horticulteurs. La première exposition du Cercle des Conférences horticoles a eu lieu au mois de septembre de l'année dernière dans l'orangerie des Tuileries, qu'elle remplissait en entier. Cette exposition offrait un caractère tout spécial d'utilité jointe à l'agrément; jamais Paris n'avait vu des fruits aussi variés, aussi parfaits que ceux qui s'y trouvaient offerts à l'admiration des amateurs. Un millionnaire, qui nous avait prié de l'y conduire (ce n'était point un Anglais), ne comprenait pas que, sa bourse à la main, il ne lui fût pas permis de mordre, pour son argent, dans ces belles poires, dont jamais il n'avait vu ni rêvé les pareilles: il les aurait payées 20 fr., 40 fr. la pièce; mais elles n'étaient point à vendre, malheureusement, ce qu'il ne pouvait réussir à se persuader, au grand amusement des exposants.

La Société d'Horticulture de Rouen date de la même époque que celle de Paris; c'est une des mieux organisées de France. Nous avons vu à Rouen, en septembre 1838, une exposition de fleurs par les soins de cette Société; seize mille fleurs de dahlia figuraient à cette exposition. Deux pyramides, hautes chacune de quatre mètres, avaient été formées avec les plus belles de ces fleurs; chacune en contenait douze cents, toutes différentes les unes des autres. Rien de plus riche, de plus féerique, de plus éblouissant que ces pyramides vues à la lueur d'une profusion de becs de gaz. L'une des deux pyramides était dédiée aux sociétés françaises d'horticulture, l'autre aux sociétés étrangères. Au nombre des amateurs les plus distingués dont s'honore la Société d'Horticulture de Rouen, nous nous plaisons à citer monseigneur l'archevêque de cette ville; la collection de plantes rares de ce digne prélat est une des plus remarquables de France.

(Brassia Cawini.)

Lille, Caen, Orléans. Angers, Nantes et presque toutes nos grandes villes ont des sociétés d'horticulture; d'autres, comme Lyon, ont seulement une société d'agriculture, dont une section s'occupe spécialement d'horticulture Enfin, des villes du cinquième ordre, comme Meaux, et de toutes petites villes, comme Meulan, ont des société? d'horticulture dont les travaux et les succès rivalisent avec ceux des sociétés établies dans les grandes cités.

En Angleterre, les sociétés d'horticulture sont tellement multipliées, qu'on ne pourrait s'expliquer leur existence si l'on ne savait qu'elles sont presque toutes des spéculations; sur quoi ne spécule-t-on pas en Angleterre? Le nombre des sociétés d'horticulture était en 1838 de cent trente; il est aujourd'hui de plus de deux cents; chacune de ces sociétés a son exposition annuelle. Mais ce n'est pas tout beaucoup de particuliers possédant un local convenable ouvrent, à différentes époques de l'année, des expositions de fleurs ou le public est admis en payant, et en payant fort cher: les exposants paient aussi pour le droit d'apporter leurs collections de fleurs. A York, la société philosophique du Yorkshire avant ouvert le local de ses séances à une exposition de fleurs, avait fixé le prix d'entrée à 1 fr. 25 c. de quatre à six heures de l'après-midi, et à 2 fr. 50 c. de midi à quatre heures, afin d'offrir aux gens comme il faut l'attrait d'une société moins mêlée. Chacun des exposants qui apportaient des dahlias et d'autres plantes, payait 9 fr. 50 c., celui qui n'apportait que des dahlias au nombre de quarante-huit et au-dessous, payait 6 fr. 25 c: enfin, la taxe de celui qui n'exposait que des fleurs autres que des dahlias, était de 2 fr. 50 c. seulement Nous citons ces chiffres pour donner une idée de ce que les expositions de fleurs peuvent faire circuler d'argent dans un pays où, comme le faisait remarquer dernièrement un journal, le voyageur allant de ville en ville pourrait trouver une exposition de fleurs à visiter pour chaque jour de l'année.