Horticulture.
EXPOSITION DES PRODUITS DE L'HORTICULTURE
A L'ORANGERIE DE LA CHAMBRE DES PAIRS.
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Rosiers, Pivoines, Uncidiums, Iris, Oreiller d'Ours de MM. Cels, Chauvière, Paillet, Margotin, Durand, etc.--Vases en terre cuite de M. Pollet. | Fruits et Légumes conserves de Jamin, etc.--Citrons et Oranges de l'orangerie de Montgeron.--Tulipes de Tripet. |
L'horticulture, en France, a subi de bien nombreuses révolutions; son histoire, si quelqu'un s'avisait de l'écrire, aurait, comme toutes les histoires, ses rapports intimes avec les moeurs publiques et les événements publics. Sans remonter plus loin que le grand siècle, le goût de nos jardins de cette époque a été universel. Tandis que la perruque à la Louis XIV faisait le tour du monde, il n'y avait pas de grand seigneur en Europe qui ne voulût avoir un jardin dit fiançais, avec ses longues ligne» droites, ses ifs bizarrement façonnés, ses lugubres compartiments de buis, et le fatras mythologique de ses statues: c'était la mode. Puis sont venus les jardins à la chinoise, adoptés d'enthousiasme en France sous le nom de jardins anglais, remplacés aujourd'hui par les jardins paysagers, dont les types les plus beaux sont en Bavière. Un chapitre à part sur les vicissitudes de nos jardins publics offrirait un bon nombre d'anecdotes plus ou moins piquantes: par exemple, peu de personnes savent, en France, que Robespierre a dessiné de sa main et fait exécuter sous ses yeux les deux parterres renfermés dans les massifs des Tuileries. Les sièges de marbre qu'il y fit placer sont aussi construits sur ses dessins. A les considérer sous le point de vue allégorique, ces sièges, placés là par un homme qui ne devait pas s'y asseoir, sont un emblème assez triste de son destin politique. Paris a vu dans ces parterres, sans y donner une bien grande attention, briller les premières tulipes de collection dont la culture fut importée en France par M. Tripet, durant la réunion momentanée de la Hollande à l'empire français. La paix a favorisé le développement du goût de l'horticulture, devenu de nos jours le délassement de prédilection d'un grand nombre d'hommes éclairés, pris dans toutes les classes de la hiérarchie sociale. De ce goût universel pour les fleurs et leur culture sont nées les sociétés d'horticulture. Elles conservent chez chaque peuple leur caractère national: les Français y cherchent du plaisir, les Anglais du profit; les Belges, demi-Anglais, demi-Français, y cherchent plaisir et profit. Essayons d'esquisser l'historique de cette gracieuse institution.
L'antiquité païenne avait ouvert la voie: Flore et ses fêtes résumaient tout ce que les cérémonies païennes avaient de grâce et de poésie, jusqu'à ce que Rome dissolue eût souillé ce culte, comme tout le reste, de ses débauches monstrueuses.
Au moyen âge, la chevalerie, malgré ses formes galantes, versait trop de sang pour donner aux fleurs beaucoup d'attention; çà et là, quelques moines élevaient dans les jardins des cloîtres un petit nombre de fleurs vulgaires: autour des châteaux, la place du parterre était envahie par les fossés et les fortifications. Les républiques municipales d'Italie, malgré les troubles de leur existence orageuse, créèrent les premiers jardins consacrés à l'étude de la botanique; celui de l'Université de Padoue est du quinzième siècle, il passe pour le plus ancien de l'Europe. Ce fait bien constaté fait présumer un degré de lumières que confirme le goût des arts alors si répandu en Italie. Les châteaux italiens eurent sans doute des parterres ornés long-temps avant qu'il fût question de rien de semblable ailleurs en Europe. Toutefois aucun monument de cette époque ne donne lieu de croire que les amis de l'horticulture en Italie aient eu alors la pensée de s'assembler pour s'éclairer mutuellement, pour jouir en commun des dons les plus gracieux de la nature.
Pelargonium Zampa, ou Carlianium.
C'est en Belgique, sous un ciel souvent brumeux, où la rareté des beaux jours est proverbiale à bien plus juste titre encore que sous le climat de Paris, c'est à Bruxelles que, vers la lin des troubles du seizième siècle, quand les Pays-Bas se reposèrent d'une lutte longue et sanglante sous l'autorité paternelle de la maison d'Autriche, que se fonda la première société d'horticulture, sous le nom de Confrérie de Sainte-Dorothée. Cette confrérie brillait d'un grand éclat vers le milieu du siècle suivant; ses statuts, révisés en 1660, constatent son antiquité déjà plus que séculaire à cette époque. On voit figurer sur la liste des confrères des noms de jardiniers de profession, pêle-mêle avec des noms d'artistes, de magistrats, de grands seigneurs et de princes. La confrérie de Sainte-Dorothée se soutint, chose bien digne de remarque, jusqu'après l'invasion française; le registre porte des noms de confrères admis pendant l'année 1794, date significative qui en dit beaucoup sur les moeurs et le caractère du peuple belge. Emportée enfin par le torrent révolutionnaire, la confrérie, détruite en apparence, conserva toujours un reste d'existence cachée; quelques anciens confrères se voyaient, se concertaient, s'occupaient en commun de la culture des fleurs, aspirant au moment de rétablir leur confrérie. Ce moment se fit long-temps attendre. Sous l'Empire on avait trop d'autres choses à faire; enfin, sous la domination hollandaise, en 1822, ce qui restait de l'ancien noyau de l'antique confrérie de Sainte-Dorothée se reconstitua, sous le titre de Société de Flore, sur de larges bases; c'est aujourd'hui l'une des sociétés d'horticulture les plus Florissantes de la Belgique, où ses réunions sont très-nombreuses; les serres qu'elle a fait construire sont citées parmi les plus belles de l'Europe. Cet exposé rapide était dû, comme un hommage, à la première réunion d'hommes ayant pour but de propager le goût et la culture des fleurs. Nos lecteurs voudront probablement savoir pourquoi la confrérie des Amis de l'Horticulture en Belgique s'était placée sous l'invocation de sainte Dorothée; nous satisferons leur juste curiosité à cet égard. La légende de sainte Dorothée rapporte que, dans une de ses visions, un ange lui présenta une corbeille pleine de fleurs dont chacune était un symbole; l'ange et sa corbeille figurent d'obligation sur toutes les représentations de sainte Dorothée. Telle est la tradition qui faisait considérer cette sainte comme la patronne de tous ceux qui s'occupaient en Belgique de la culture des fleurs. Le jour de sa fête, l'église était parée des plus belles fleurs que chacun s'empressait d'y apporter; ce furent les premières exhibitions publiques de fleurs, empreintes, selon l'esprit du temps, d'un caractère religieux.
En France, les jardiniers ont adopté saint Fiacre pour patron. Ce saint vivait dans un temps ou, le sacerdoce n'étant point un état, tous ceux qui appartenaient à l'Église et n'avaient point de patrimoine prenaient honnêtement un métier pour vivre. Saint Fiacre occupait dans l'Église le rang de diacre; il était en outre jardinier de profession: le patronage des jardiniers lui revenait de droit, au même titre que celui des cordonniers à saint Crépin, et celui des voleurs au bon larron.