[Note 5: ][(retour) ] La Revue d'Édimbourg. Voir la satire de Byron intitulée: English Bards and Scotch reviewers.

[Note 6: ][(retour) ] Little. Thomas Moore a publié, sous ce pseudonyme, des poèmes un peu plus qu'anacréontiques.

III. Croyez-vous donc, Gifford, aux faits nécessaires? avez-vous partagé cette insigne folie des probabilités qui réduisent l'avenir au calcul, mathématisant avec du hasard, et additionnant le fortuit, comme ils font de leurs X? Oh! ne savez-vous pas, Gifford, mon maître, qu'il y a des abîmes entre les deux idées qui vont se succéder, et qu'entre le tressaillement de la main de don Juan et ce qui d'avance fait rougir Little, il y a un monde, et peut-être la fin du monde?

IV. Oui, la fin du monde; à tout prendre, ce serait une merveilleuse façon de sortir de cette anxiété, et ce ne serait pas de trop pour apaiser le courroux de Johnson et rendre au sourcil de Murray sa courbe habituelle. N'en plaisantez pas, Gifford, le moyen n'est pas trop exagéré pour me sauver de cet embarras; car ce moyen fera bien d'autres choses: il tuera du même coup Babylone et une fourmi, un Walter Scott et un Southey[7]. Pardon, Scott!

[Note 7: ][(retour) ] Southey. Le poète Laurent, ennemi de Byron.

V. Il coupera par le milieu, au même moment, la parole d'un Fox et la grimace d'un *****, le coup d'épée de Napoléon (qui n'en donna jamais) et le coup de bâton de polichinelle, le flot de l'Océan qui tonne, et la roulade de la cantatrice; que de choses incomplètes, Gifford! que de Voltaires manqués! que de grandeurs inachevées! que de petitesses éteintes à ce moment suprême! Décidément, voici la fin du monde.

VI. Au dernier vers de la dernière stance du seizième chant de don Juan, il arriva ceci, que la terre fut détruite. Une comète ardente s'était abattue sur elle et s'était comme engravée dans les profondeurs creusées par sa chute. L'astre avait enroulé le globe de ses cheveux de feu et l'en éteignait de toutes parts. La terre poussa d'horribles mugissements de douleur, les planètes en furent troublées dans leur marche, et dans leurs cercles reculés Jupiter et Saturne en furent émus.

VII. L'incendie avait éclaté dans l'Asie. On eût dit d'une mer de feu qui montait sans cesse, entraînant dans ses flots rouges les villes qui fondaient comme la cire, se brisant contre les montagnes, se soulevant jusqu'à leurs crêtes et lançant en vapeur leurs glaciers éternels; et quand elles étaient desséchées, les montagnes se brisaient d'elles-mêmes, s'entrouvraient et tombaient, comme la chaux que l'eau vient de dissoudre, dans cette mer enflammée, qui les dévorait.

VIII. Puis l'Afrique, ses déserts de sable, surpris par le souffle de feu qui venait, se calcinèrent en une contrée de cristal; mais cette métamorphose fut courte. L'incendie accourut à la suite de son souffle, et les plaines vitrifiées se réduisirent en cendres. L'Europe périt aussi tout entière: les glaces du pôle bouillonnèrent, et, s'étant dissipées, laissèrent à nu l'axe de fer sur lequel la terre avait incessamment pivoté jusqu'à ce moment de douleur et de mort.

IX. Car les convulsions de la nature étaient grandes. Pour l'homme, sa douleur n'était rien, sa voix était soudainement étouffée, et il ne lui était pas même laissé le temps d'invoquer ses dieux. Car aux vapeurs approchantes de l'incendie, ils mouraient frappés, dissous en cendres impalpables, comme si le feu les eût déjà atteints. Les temples et leurs dieux étaient aussi consumés avec les pensées, les ambitions, les amours et les haines.