Il y a quelques mois, douze convives réunis à Marseille autour de la table d'un médecin causaient entre eux de la condition et des besoins de la société actuelle. Un jeune docteur qui arrivait d'Égypte les engagea à prendre une infusion de hachych au lieu de café. «C'est le remède à la nostalgie, au découragement, aux déceptions de toute espèce, leur dit-il. J'ai pensé qu'en France j'en aurais encore besoin pendant bien longtemps; c'est pourquoi j'en ai rapporté une ample provision, et je vous en offre. Essayez-en, quand ce ne serait que par curiosité. Que risquez-vous? Une petite dose, une seule tasse de cette précieuse infusion ne peut vous donner que de la gaieté, des consolations; vos prévisions les plus agréables se transformeront, pour un moment, en réalités; vous posséderez le don de seconde vue; vous serez élevés au rang des prophètes. »

Quelques-uns des convives cédèrent aux instances du jeune docteur; mais l'auteur anonyme du Hachych, se défiant de sa susceptibilité nerveuse, se contenta d'abord de fumer un peu de hachych mêlé avec du tabac très-doux, pendant que la discussion continuait bruyante, confuse et bientôt inextricable; puis, se sentant trop agité, il avala une grande tasse de cette bienheureuse infusion. Enfin il se retira Mais à peine fut-il couché, il tomba dans un profond sommeil, et il fit un rêve étrange qu'il raconte aujourd'hui au public. Il parcourut successivement l'Abyssinie, l'Inde, le Tibet, la Chine, le Japon, les colonies anglaises de l'Australie et tout l'archipel de l'Océanie. Arrivé en Amérique par la Californie, il traversa les montagnes Rocheuses sur un railway. Il passa un des premiers par le canal de Panama; ayant ensuite débarqué au cap de Bonne-Espérance, il visita toute l'Afrique centrale, Tombouctou et les montagnes de la Lune, et il revint à Alexandrie en descendant le Nil-Blanc et les cataractes.--Le canal de communication du Nil avec la Mer-Rouge par Suez était alors en pleine activité: un chemin de fer reliait Bagdad, Saint-Jean-d'Acre et le Caire.--Surpris de toutes ces améliorations, il s'embarqua pour revenir en France sur un navire qui marchait par l'électricité.--Quand il arriva à Marseille, il ne fit pas quarantaine, et à l'entrée de la Canebière il vit la foule attroupée autour d'une immense affiche, au haut de laquelle il lut en gros caractères: Bande du congrès ibergallitale, 27 juillet 1843.

Ici doit s'arrêter notre analyse. Révéler le mot de l'énigme serait faire tort au livre dont nous venons de résumer la première partie. Si quelques-uns des lecteurs de l'Illustration désirent savoir ce que seront la France et l'Europe dans cent ans, quelles révolutions politiques, sociales, économiques, un siècle verra s'accomplir, selon les utopies assez raisonnables d'un médecin célèbre qui désire garder l'anonyme, ils n'ont qu'à se procurer un exemplaire du Hachych.--L'ouvrage de M. le docteur..... les fera jouir,--sans les endormir toutefois,--de rêves étranges dont la réalisation très-désirable ne leur semblera pas impossible.

Le Jardin des Plantes, description et moeurs des mammifères de la Ménagerie et du Muséum d'Histoire naturelle, par M. Boitard; précédé d'une notice historique, anecdotique et descriptive du Jardin, par J. Janin. Nouvelle édition avec les figures coloriées, illustrée de 400 gravures sur acier, sur cuivre et sur bois, planches à l'aquarelle, etc.; publiée en 64 livraisons, à 50 c.--Le volume complet, figures noires, 16 fr.--Dubochet et Cie..

Les figures qui représentent les sujets que l'histoire naturelle a pour but de décrire ne remplissent qu'en partie leur destination, si elles se bornent à donner la forme sans y joindre la couleur. Le Jardin des Plantes, dont MM. Dubochet et comp. avaient publié une première édition avec les figures en noir, paraît aujourd'hui avec les figures coloriées, amélioration dont le public se montrera certainement reconnaissant. La perfection des dessins faisait regretter qu'on n'eut pas rendu la représentation des animaux plus complète, et les éditeurs ont cédé à de nombreuses observations en faisant colorier les figures dans cette nouvelle édition.

L'auteur du Jardin des Plantes. M. Boitard, a réuni dans ce volume ce qu'on chercherait vainement ailleurs: l'histoire morale, qu'on nous passe cette expression, des animaux, leur instinct, leur intelligence, leurs habitudes quelquefois si extraordinaires, leur caractère, leurs ruses, les singularités de leurs actions, leurs affections, leurs haines, leurs moyens d'attaque et de défense, leur industrie, leurs travaux si merveilleux quand on les compare aux facultés qu'ils possèdent pour les exécuter; en un mot, leurs moeurs sauvages ou sociales.

Cet intéressant travail est précédé d'une introduction, dans laquelle M. Jules Janin a raconté, avec son style pittoresque et animé, l'histoire du Jardin des Plantes, et esquissé les scènes diverses dont il est chaque jour le théâtre.

Enfin, le Jardin des Plantes ne serait qu'un excellent livre d'histoire naturelle et ne justifierait pas son titre spécial si le dessin et la gravure n'y avaient ajouté tout ce qui attire les regards et la curiosité des visiteurs et des promeneurs: monuments, constructions, sites pittoresques, tableaux délicieux, connus de tous ceux qui ont visité le Jardin des Plantes, bons à rappeler à ceux qui les connaissent, à faire connaître à ceux qui n'ont pu les visiter.

Modes.