Quant à la situation de Buenos-Ayres, on imagine ce qu'elle peut être sous un régime aussi détestable. L'aspect de la ville est agréable de loin, mais, quand on approche, cette impression fait place au dégoût et à l'ennui. La campagne est belle. Il y a dans Buenos-Ayres peu de monuments dignes de ce nom.
Bulletin bibliographique.
Histoire philosophique et littéraire du Théâtre français, depuis son origine jusqu'à nos jours; par Hippolyte Lucas. 1 joli volume in-18.-Paris, 1843 Gosselin. (Bibliothèque d'élite.) 3 fr. 50 c.
M. Hippolyte Lucas est le plus indulgent et le plus tendre de tous les littérateurs contemporains.--Depuis huit ou dix années il rend compte des oeuvres dramatiques que chaque semaine voit naître et quelquefois mourir, mais rarement il en fait la critique.--La pièce nouvelle a-t-elle un succès franc, légitime, universel, M. Hippolyte Lucas se hâte de constater ce fait dans les termes les plus pompeux; est-elle forcée de lutter contre l'opinion générale, il se déclare intrépidement son défenseur; seul contre tous, il l'aide à résister aux attaques réitérées de ses ennemis: tombe-t-elle au premier choc pour ne plus se relever, il n'insulte jamais à son malheur; il la juge digne d'un meilleur sort, il donne même des larmes de regret à sa mémoire.--Cet empressement impartial à publier les plus glorieux exploits de ses rivaux, cette générosité chevaleresque, cette pitié bienveillante ne sont-elles pas des qualités d'autant plus précieuses qu'elles deviennent de plus en plus rares? Qui donc oserait les reprochera M. Hippolyte Lucas? Les égarements de la bonté, même dans leurs plus grands excès, nous semblent, quant à nous, toujours dignes d'estime et de respect. Peut-être dépassent-ils quelquefois le but qu'ils voulaient atteindre? peut-être, en louant tout le monde indistinctement. M. Hippolyte Lucas ne satisfait-il personne. Les hommes sont capables de tant d'ingratitude!
Quoi qu'il en soit, M. Hippolyte Lucas, qui se connaît parfaitement, n'a nullement l'intention de devenir un critique: on ne change pas à volonté de caractère et de constitution; aussi, lorsqu'il entreprit d'écrire l'histoire du théâtre français, M Hippolyte Lucas résolut de la faire philosophique et littéraire; il se garda bien de l'intituler histoire critique. Il était trop bon pour causer le plus léger désagrément à qui que ce fût, trop honnête pour tromper le public par un titre mensonger.
L'Histoire du Théâtre français depuis son origine jusqu'à nos jours, que vient de publier M. Hippolyte Lucas, est donc, ainsi qu'elle l'avoue elle-même avec une estimable candeur, tout simplement philosophique et littéraire.--Philosophique, c'est-à-dire intelligente, raisonnée, expliquée; littéraire, car elle contient des analyses toujours claires et faites avec goût dans un bon style des principaux chefs-d'oeuvre de la scène française.
Commencée avec la Cléopâtre de Jodelle, l'Histoire du Théâtre français se termine avec la Lucrèce de M. Ponsard. Mais M. Hippolyte Lucas ne se contente pas de raconter dans un ordre chronologique l'histoire de tous les ouvrages dramatiques qui, pendant plus de trois siècles, ont mérité à des titres divers d'occuper l'attention, il consacre à la fin de chaque chapitre plusieurs pages aux acteurs et aux actrices célèbres, dont les annales du théâtre conserveront toujours un pieux souvenir. Enfin il a fait réimprimer la table chronologique que les frères Parfait avaient donnée des principales pièces de théâtre représentées en France depuis l'an 1200 jusqu'en 1721, et il a continué leur travail depuis l'époque où ils s'étaient arrêtés jusqu'à nos jours.--A défaut d'autres éléments de succès, qui certes ne lui manquent pas, cette table seule suffirait pour assurer un heureux avenir à l'Histoire philosophique et littéraire du Théâtre français.
M. Hippolyte Lucas termine ainsi sa conclusion: «Nous pouvons dire de ce livre ce que Montaigne disait de ses Essais: «Ceci est un livre de bonne foi.» Nous avons recherché la vérité avec le calme qui nous semble convenir à l'historien. Loin de nous la pensée d'avoir méconnu une direction quelconque de l'intelligence... Ce qu'on trouvera plus ou moins visiblement formulé dans chacune de ces pages, c'est le sentiment de la liberté comme base de l'existence des arts... Nous croyons donc cet ouvrage imbu du véritable esprit national, puisqu'il plaide les droits de notre origine. Nous devions éclairer cette critique générale du reflet des littératures étrangères, et nous l'avons fait en rendant justice à ce qu'elles ont eu d'original et de spontané. Enfin puissions-nous avoir condensé mille rayons épars comme dans un foyer ardent où l'on voit briller le génie moderne et surtout le génie français!»
Histoire des comtes de Flandre jusqu'à l'avènement de la maison de Bourgogne; par Edward le Glay, ancien élève de l'école des Chartes, conservateur adjoint des archives de Flandre à Lille.--Tome 1er. In-8. Paris, 1843.--Comptoir des Imprimeurs unis. 7 fr. 50 c.
Lorsque les légions romaines, conduites par César, arrivèrent dans la partie septentrionale des Gaules, elles trouvèrent, entre l'Océan Germanique et le Rhin, un vaste pays qu'aucune lueur de civilisation n'avait encore éclairé. Cependant une race d'hommes y avait déjà succédé à une autre race établie dans ces régions de temps immémorial. Les Germains y remplaçaient alors les Celtes ou Gaulois. Vainqueurs des Germains, les Romains possédèrent quatre siècles la Belgique; mais leur domination n'y laissa de traces que sur le sol. Il était réservé au christianisme de civiliser les barbares habitants de ces sauvages contrées. Malheureusement les invasions des Francs contrarièrent les efforts des prédications épiscopales jusqu'à l'époque où Clovis consentit à recevoir le sacrement du baptême. Au sixième siècle, les premiers germes de civilisation commencent à se développer, et en même temps Clovis, détruisant les chefs ou petits rois reguli qui avaient fondé des colonies sur les débris de la domination romaine, règne seul sur toutes les Gaules.