Dans le courant du septième siècle, le christianisme avait fait de grands progrès. Des églises et des monastères s'élevaient de toutes parts; des villes se fondaient autour des temples chrétiens. Les Belges indigènes et le Francs se mêlaient entre eux, et ne formaient puisqu'un seul et même peuple, régi par les mêmes lois, obéissant au même souverain. D'abord les représentants du roi des Francs s'appelèrent forestiers, car leur principal soin consistait à garder et à administrer ces bois immenses dont l'entretien était si difficile et le revenu si considérable; mais leur histoire est restée enveloppée de profondes ténèbres. L'importance qu'avaient acquises ces provinces du nord, et la nécessité de s'opposer aux envahissements successifs et réitérés des Normands, ne pouvaient manquer de constituer dans la Belgique une rentable organisation politique. Toutefois, il fallait encore d'autres circonstances pour fonder et consolider cette dynastie des comtes de Flandre, qui commence aux rois chevelus de la race de Mérovée et qui se perd, sept cents ans plus lard, dans l'immense monarchie de Charles-Quint.

Telles sont les considérations préliminaires dont M. Edward le Glay a fait précéder son Histoire des comtes de Flandre. Le premier chapitre ne commence en effet qu'à l'année 863, à l'époque où Bauduin Bras de Fer, fils du forestier Ingelran, ayant épousé secrètement une fille de Charles le Chauve, fut nommé par son beau-père comte du royaume, reçut en bénéfice dotal toute la région comprise entre l'Escaut, la Somme et l'Océan, c'est-à-dire la seconde Belgique, et fixa sa résidence à Bruges, capitale du petit canton connu depuis le sixième siècle sous le nom de Flandre.

Le premier volume de l'Histoire des comtes de Flandre vient de paraître. Il se termine à la bataille de Bouvines (1214), et comprend ainsi les règnes des comtes et comtesses de Flandre dont les noms suivent; Bauduin Bras de Fer et Bauduin le Chauve (862-919), Arnoul de Vienne et Bauduin III (919-964), Arnoul le Jeune et Bauduin Belle Barbe (964-1036), Bauduin de Lille et Bauduin de Mons (1036-1070), Arnoul III et Robert le Frison (1070-1095), Robert de Jérusalem et Bauduin à la Hache (1093-1119), Charles le Bon (1119-1127), Guillaume Cliton (1127-1128), Thierry d'Alsace (1128-1168), Philippe d'Alsace (1168-1191), Marguerite d'Alsace et Bauduin le Courageux (1191-1195), Bauduin de Constantinople (1195-1204), Jeanne de Constantinople et Fernand de Portugal (1204-1214).

En rendant compte du second volume lorsqu'il sera mis en vente, nous tacherons d'apprécier à sa juste valeur ce remarquable travail de M. Edward le Glay.

Le Génie du dix-neuvième siècle, ou Esquisse du progrès de l'Esprit humain depuis 1800 jusqu'à nos jours; par Édouard Alletz.--Un vol. in-18, format Charpentier--Paris, 1843. Paulin. 3 fr. 50.

Quel est l'esprit général du dix-neuvième siècle? se demande M. Ed. Alletz au début de son introduction. Dans son opinion, trois grands événements ont présidé à ses destinées et doivent déterminer la direction de ses moeurs et les tendances de son génie, savoir: une guerre presque universelle, la décadence des aristocraties européennes, la découverte de la vapeur. Ces trois faits établis. M. Édouard Alletz examine successivement leurs effets passés et présents et leurs conséquences futures. Il cherche à assigner au dix-neuvième siècle la vraie place qui lui semble réservée dans l'économie des âges; il lui décerne «sa part de gloire et de génie en l'envisageant dans ce qu'il a fait et promet de faire pour exécuter les grandes lois du monde,--le triomphe du christianisme et l'universalité de la civilisation; car lui aussi est appelé à construire quelques-uns des degrés de cette mystérieuse échelle qui monte de la terre au ciel.»

Ce nouvel ouvrage de M. Édouard Alletz se divise en six livres: le premier contient un aperçu rapide des principaux progrès des sciences et des arts dans la suite des temps, depuis l'antiquité grecque et latine jusqu'à nos jours. A ce précis sommaire de la marche de l'esprit humain succède un résumé des lois générales qui président au développement de la civilisation du monde.

Les livres II, III et IV ont pour but de nous faire connaître le génie du dix-neuvième siècle. M. Ed. Alletz a divisé toutes les connaissances humaine» en trois ordres de sciences: la science de l'homme, la science de la société et la science de la nature, c'est-à-dire les trois sciences qui ont pour objets respectifs l'âme, l'état social et le monde. Il a donc consacré à chacune d'elles un chapitre particulier.

Ce premier travail achevé, M. Édouard Alletz en tire lui-même la conclusion: «Depuis 1800 jusqu'en 1840, la France a eu, dit-il, la supériorité sur les autres nations dans les sciences naturelles, dans les mathématiques, dans l'histoire, dans l'éloquence et dans la philosophie politique; la palme appartient à l'Angleterre dans l'astronomie, la technologie, la géographie, la poésie et le roman; l'Allemagne marche la première dans la science du droit, la philologie, la métaphysique et la théologie, et l'Italie n'obtient la prééminence que dans l'art musical. La chimie, la géologie, la mécanique, la géographie, la philologie, parmi les sciences; le roman et la poésie lyrique, dans la littérature, sont les branches des connaissances humaines qui, dans cette période des quarante dernières années, portent l'empreinte du progrès le plus réel et de la création la plus féconde.»

Mais M. Édouard Alletz ne se borne pas à résumer en 200 pages environ le tableau des progrès des sciences et des arts depuis le commencement du siècle; dans le cinquième livre, il essaie d'indiquer leurs progrès futurs, il passe en revue toutes les questions importantes qui attendent une solution, tous les essais qui réclament un perfectionnement. Selon lui le seizième siècle a été grand par les beaux-arts, le dix-septième par les lettres, le dix-huitième par les sciences, le dix-neuvième sera grand par l'Industrie.