Le livre VI et dernier a pour titre: Des Rapports de la religion chrétienne avec les progrès généraux de l'esprit humain. Enfin, un appendice, destiné à servir à l'histoire de la littérature et des arts, termine cet important travail, qui ne pouvait pas être complet ni parfaitement exact, et qui ne nous semblerait mériter que des éloge?, si son auteur écrivait d'un style plus simple et plus net, et n'était pas souvent trop superficiel et surtout trop catholique.

Cours élémentaire d'Histoire naturelle, à l'usage des Collèges et des maisons d'Éducation, rédigé conformément au programme de l'Université, du 14 septembre 1840; par MM. Milne Edwards, A. de Jussieu et Beudant.

Minéralogie et Géologie; par M. F.-S. Beudant. 1 gros vol. in-!8 de 600 pages environ, avec de nombreuses figures.--Paris, 1843. Fortin-Masson. 6 fr.

L'enseignement de l'histoire naturelle dans les collèges a été, pendant les dix dernières années, l'objet de deux règlements universitaires. Le programme de 1833 a dû être abandonné et remplacé par des dispositions d'un ordre plus élevé, mieux ordonnées, et restituant à cette partie de l'enseignement le rang et l'importance qui lui appartiennent dans le plan général des études: «Le nouveau programme, écrivait en 1840 M. le ministre de l'Instruction publique à MM. les recteurs, diffère de l'ancien en ce qu'il a pour but, non de faire des naturalistes, mais de donner aux élèves cette connaissance générale de la nature, sans laquelle il n'y a pas d'éducation libérale; aussi vous n'y trouverez, point les détails minutieux de la science, mais seulement des notions solides et incontestables sur les points les plus importants de l'histoire naturelle, sur des choses qui, une lois apprises, ne s'oublient plus.--Cet enseignement, qui comprend les questions les plus élevées, doit cependant revêtir une forme très-élémentaire, se recommander et par la simplicité de l'expression et un choix heureux dans les exemples, etc.» Le programme du 14 septembre 1840 imposait, comme on le voit, à ceux qui étaient chargés de l'appliquer, une tache difficile à remplir.--Comment les professeurs pouvaient-ils satisfaire à toutes ses exigences, s'ils n'avaient, pour les diriger et les soutenir dans leur marche, un guide fidèle et sûr! Heureusement trois membres de l'Institut, MM. Milne Edwards, A. de Jussieu et Beudant consentirent à rédiger un cours complet d'histoire naturelle conformément au programme de 1840, à peine eut-il paru, leur travail fut adopté par le Conseil royal de l'Instruction publique pour l'enseignement dans les collèges, car il réunissait toutes les conditions exigées.

M. F. S. Beudant s'était chargé de la minéralogie et de la géologie. Bien que publiées séparément, avec une pagination différente, ces deux parties ne forment cependant qu'un volume. Il s'adresse non-seulement aux jeunes gens, mais encore à tous les hommes faits qui ne possèdent que des notions vagues et incomplètes sur ces deux branches de l'histoire naturelle.--Un bon livre élémentaire est un trésor si rare et si précieux, et les gens du monde dont l'éducation a été la plus soignée connaissent si peu les éléments des sciences physiques, que l'ouvrage de M. Beudant, composé pour les collèges, formera désormais une des bases nécessaires de toutes les bibliothèques publiques et privées.--C'est un charmant volume imprimé avec luxe sur du beau papier satiné, et orné de plus de 600 gravures sur bois intercalées dans le texte et représentant tous les objets décrits qui sont susceptibles d'être illustrés.--La lecture en est aussi facile qu'agréable; mais pour s'instruire il suffirait, au besoin, de regarder avec attention ces dessins dont l'utilité ne saurait être contestée, même par les plus violents détracteurs de la gravure sur bois, cet indispensable auxiliaire de l'imprimerie.

Exposition raisonnée de la Doctrine philosophique de M. de Lamennais, par M. A. Segretain.-Joli vol. in-32, jesus. --Pagnerre, 1843.

Un système philosophique, quel qu'il soit et de quelque écrivain qu'il émane, est toujours une oeuvre complexe dont toutes les parties sont réunies entre elles par un lien si difficile à saisir, qu'il échappe souvent aux premières investigations des lecteurs, même les plus intelligents. «Dans le domaine de la philosophie, où tant de doctrines et d'idées se croisent et s'entrelacent, il faut avant tout qu'un cadastre exact en ait bien déterminé les divisions, pour que l'observateur y voyage en connaissance de cause et ne fasse pas fausse route à chaque pas. L'exposition d'un système philosophique, toujours utile, devient nécessaire s'il s'agit d'une de ces oeuvres du génie qui, par la profondeur de l'idée mère qu'elles renferment, et surtout par les préoccupations qu'elles soulèvent, échappent trop souvent à l'intelligence des contemporains. Quelques jugements, un peu hâtifs peut-être, qu'on ait portes sur l'Esquisse d'une philosophie de M. de Lamennais, on ne peut contester son importance. D'un autre côté, des critiques, trop pressés de donner en quelques heures leur dernier mot sur l'oeuvre que l'illustre écrivain avait mis des années à élaborer, tombaient dans les méprises les plus évidentes, et combattaient des fantômes d'opinions qu'eux seuls avaient créés.» Frappé de ce fâcheux état de choses, qu'il signale lui-même, l'auteur de l'Exposition a voulu résumer, dans un petit espace, la substance de la doctrine de M. de Lamennais, et livrer à la critique une analyse aussi nette que possible des opinions que l'auteur de l'Esquisse d'une philosophie reconnaît et avoue, en même temps qu'il s'est efforcé d'en montrer le lien logique et la portée. Aussi recommanderons-nous à toutes les personnes qui désirent connaître le système philosophique de M. de Lamennais, de lire le petit ouvrage que vient de publier M. A. Segretain, car il en contient un exposé fait avec autant d'impartialité que d'exactitude.

Impressions d'un touriste en Russie et en Allemagne; par Pierre Albert. 1 vol. in-8 de 163 pages. Paris, 1843. J.-J. Dubochet et comp., éditeurs.

M. Pierre Albert a raison de dire dans sa préface qu'on pourra lui reprocher l'incohérence de cet ouvrage; mais il se trompe, quand il croît avoir fait un guide du voyageur qui manquait jusqu'à ce jour. Ce ne sont pas des impressions que demandent les voyageurs aux guides qu'ils emportent avec eux; ce sont des renseignements exacts et surtout complets. On ne lit pas un itinéraire, on le consulte. Or, le petit volume que vient de publier M. Pierre Albert se compose de parties trop diverses qu'aucun lien ne rattache entre elles, et il se fait lire avec trop d'intérêt pour que la critique consente à le ranger parmi les ouvrages destinés à servir de guides aux voyageurs.

M. Pierre Albert intitule son premier chapitre: la Russie. «Chacun vante le pays, dit-il; les livres sont pleins de ces merveilles, et les étrangers se sont laissé éblouir par une politique réception ou des monuments gigantesques. J'ai repoussé les apparences séduisantes et dénigrantes pour chercher la vérité, et je soumets à mon tour mon opinion.» L'opinion de M. Pierre Albert n'est pas favorable à l'empire des Czars; il la résume en ces termes: «La Russie tient sur la carte une immense part du monde; son état est la barbarie et sa civilisation un raffinement de vice. Les arts et les sciences y sont nuls, et n'y pourront germer que sous les cendres du despotisme. Sa grandeur est son premier mal; elle garde avec peine ses voisins; son arme la plus forte est la langue venimeuse de ses diplomates. Désunion entre ses différentes parties, pauvreté et haine des seigneurs, richesse et égoïsme des marchands; inutile affection d'un peuple fanatique, inhabileté des chefs pour conduire une expédition, manque de fonds pour soutenir la guerre, marine mal servie et mal commandée; vaisseaux de peu de durée; tel est l'état de ce malheureux pays.»