Le premier soin de ce comité fut d'établir une école pour les enfants. Persuadée que le sentiment de la tendresse maternelle est le dernier à s'éteindre dans le coeur de la femme la plus corrompue, madame Fry voulut prendre les mères elles-mêmes pour institutrices; mais, voulant en même temps éviter tout ce qui pourrait sentir l'autorité et éveiller la défiance des détenues, elle leur laissa le soin de choisir elles-mêmes la plus capable pour maîtresse d'école. Le gouvernement fit disposer un local convenable, et l'école fut fondée.
Un grand pas était fait; ce n'était pas encore assez: il fallait trouver les moyens d'arracher les détenues à la paresse. Le comité se réunit dans la prison: une des dames parla aux détenues des avantages de la tempérance et du travail, leur vanta les joies d'une vie consacrée à la religion et à la vertu; et, après leur avoir déclaré que le comité n'avait aucune autorité légale, qu'il ne voulait tenir ses pouvoirs que d'elles-mêmes, elle lut un projet de règlement qui fut discuté, mis aux voix et adopté par les détenues. Ce règlement statuait sur l'établissement d'une directrice, sur la division de plusieurs classes, sur le choix des monitrices, à raison d'une pour douze détenues, sur l'ordre du travail, sur la lecture périodique de l'Écriture-Sainte. Le jeu, l'ivresse, la mendicité, les mauvais livres, les jurements, étaient défendus.
La réforme ainsi commencée fut poursuivie avec la patience et la persévérance naturelles aux Anglais. Le succès dépassa toute attente: au tumulte, aux imprécations, à la paresse, succédèrent la paix, la décence, le travail. Pour compléter cette bonne oeuvre, madame Fry obtint du gouvernement d'établir des maisons de refuge pour soustraire au mauvais exemple que pourrait offrir la prison les détenues qui avaient donné des marques d'un sincère repentir. Etonnée du changement opéré parmi ces femmes, la ville de Londres voulut prendre à sa charge toutes les dépenses du comité, et donna à madame Fry des pouvoirs discrétionnaires de diminuer ou d'étendre l'emprisonnement.
Les soins de ce comité ne se bornent pas aux détenues de Newgate, ils suivent jusque sur les vaisseaux les condamnées à la déportation. Une chambre du navire est disposée pour leur servir d'école; une des déportées est choisie pour institutrice, et le comité lui accorde un salaire. Du travail est préparé pour toute la traversée, et les vêtements confectionnés sont distribués, au moment du débarquement, à celles qui se sont bien conduites. Ces mesures ont déjà produit les plus heureux résultats.
La sollicitude de mistress Fry a cherché les détenues même de la France: plusieurs fois elle est venue à Paris, et elle a visité la prison de Saint-Lazare. Ici comme à Newgate, les malheureuses détenues ont été étonnées de l'intérêt qu'on leur témoignait. Elle lit quelques versets de l'Écriture-Sainte et les accompagne de courtes réflexions. Son air de dignité, sa figure calme et douce, commandent le respect et l'amour, et ses paroles empruntent à la charité qui l'anime une expression irrésistible.
Assurément mistress Fry est un des plus beaux caractères de notre temps. Pleine de confiance en Dieu, on l'a vue jeune, belle, riche, dédaigner les plaisirs du monde pour aller s'enfermer dans les prisons avec le rebut de son sexe, et s'efforcer de ramener au bien ces âmes dégradées par le vice. L'âge même n'a pas ralenti son zèle. Malgré les soins qu'exige d'elle sa nombreuse famille, on la voit chaque vendredi aller porter des paroles de paix et de consolation aux prisonnières de Newgate.
Amusements des Sciences.
SOLUTION DES QUESTIONS POSÉES DANS LE DERNIER NUMÉRO.
I. Supposons qu'il s'agisse de trouver le poids d'un corps qui pèse 1,528 grammes. On prendra d'abord le poids 1,024, le plus grand de ceux de la série donnée qui soit contenu dans 1,528; puis le poids 256, le plus grand qui soit contenu dans le reste 504: ensuite le poids 128 qui, retranché du reste 218, donne pour nouveau reste 120; puis 64, reste 56; puis 32, reste 21, et enfin 16 et 8.
On trouvera d'une manière analogue, par le tâtonnement, avec la balance même, ou bien par le raisonnement direct, le moyen de peser ainsi, avec la série des poids doubles 1, 2, 4, 8, 16, 32, s'arrêtant à l,024 grammes, jusqu'à 2,047, c'est-à-dire jusqu'au double de 1,024 diminué de 1. C'est le plus grand poids que l'on puisse évaluer immédiatement à l'aide de l'assortiment des poids ainsi limité.