Lacroix a laissé un nombre assez considérable d'ouvrages qui constituent un cours complet de mathématiques pures, depuis les éléments de l'arithmétique jusqu'aux sujets les plus ardus de l'analyse infinitésimales. Tout au contraire de certains auteurs qui abusent de leur position pour faire, de publications de ce genre, de simples spéculations, qui n'hésitent pas à introduire dans chacune de leurs nombreuses éditions des modifications de forme tout-à-fait insignifiantes, uniquement pour forcer les élèves de chaque année à acheter la plus récente de ses éditions, Lacroix avait travaillé avec assez de soin et de conscience à ses divers ouvrages pour n'avoir été obligé d'introduire plus tard que les changements réclamés par les progrès de la science. Ses Éléments d'Arithmétique et d'Algèbre seront longtemps encore étudiés avec fruit. Son Traité élémentaire du Calcul de la probabilité a rendu le service de mettre à la portée des personnes peu versées dans la haute analyse les résultats auxquels de grands géomètres étaient parvenus par des méthodes trop savantes pour être jamais vulgarisées. Son Essai sur l'enseignement respire l'amour de la jeunesse et du progrès des sciences, et renferme des vues excellentes. Mais son grand Traite de calcul différentiel et de calcul intégral en 3 vol. in-4, est le plus important de ses ouvrages; aussi ce livre, où il a réuni tout ce qui a été écrit de plus profond sur la matière, a-t-il été placé, par le jury chargé de décerner les prix décennaux, immédiatement après le Traité de mécanique analytique de Lagrange.
Enfin, la vie entière de Lacroix a été consacrée à l'étude et à l'enseignement de la science. S'il ne s'est pas placé, par ses travaux originaux, sur la ligne des grands géomètres tels que Lagrange, Laplace, ou même Fourier, Poisson et Legendre, il a mérité, par les services qu'il a rendus dans les différentes chaires qu'il a occupées et dans ses ouvrages destinés à l'instruction publique, un rang honorable immédiatement après ce noms illustres.
Courrier de Paris
J'étais fort tranquillement étendu sur un moelleux divan, mon ami intime, remuant dans ma cervelle je ne sais quels rêves légers, nescio quid ungarum, lorsque mon Frontin, qu'on me passe le mot, entra avec cette allure effarée qui lui est ordinaire. Il faut qu'où sache que le drôle n'en fait jamais d'autres. Toutes les fois qu'il ouvre ma porte, je crois voir arriver une sinistre nouvelle; c'est un de ces gens qui vous disent: Monsieur veut-il ses pantoufles? du ton dont ils annonceraient la fin du monde, et qui brossent vos habits et cirent vos bottes d'un air désespéré.
«Monsieur, dit mon homme, c'est une lettre! et il me regardait d'un oeil inquiet.
...--Eh bien! c'est une lettre
Qu'en mes mains le portier t'aura dit de remettre.
--Oui, monsieur.--Cela suffit, va-t-en!»
Je brisai le cachet et je lus ces mots: Vous êtes prié d'assister à L'incendie de Babylone.--Diable! m'écriai-je, la chose est grave; un incendie! et l'on veut que j'en sois le témoin et le complice! mais le Code pénal est formel; il s'agit des galères. L'incendie de Babylone encore, l'orgueil et la souveraine de l'Orient! Si du moins c'était une bicoque, le cas peut-être serait moins pendable; on pourrait plaider les circonstances atténuantes!--Cependant je cherchais à lire un nom au bas de la lettre, comptant sur la signature de Sémiramis ou tout au moins sur celle de Nimas. Point de signature! un billet anonyme! l'anonyme, ce masque des pervers, me donna des soupçons. Le coup part de la main de ce traître d'Assur, pensai-je: Oh! perfecto, scelerato Assuro!
Du reste, rien n'y manquait; tout était prévu avec une abominable attention pour me faciliter le crime; on m'annonçait le jour, l'instant, le lieu: samedi, 27 mai, neuf heures et demie du soir, rue du Bac, 12. Il n'y avait pas moyen d'échapper.