La deuxième espèce de blocs, qui se fait à terre, est fabriquée dans des caisses sans fond, formées de quatre panneaux à assemblage mobile. Cinq à six jours après le remplissage, on enlève ces panneaux, qui servent pour un autre bloc. Le béton, ainsi mis à nu, a acquis, au bout d'un mois ou deux au plus, suivant la saison, une consistance suffisante pour que le bloc puisse être lancé à la mer. Les blocs sont préparés sur des chariots qui roulent sur des chemins de fer. On emploie deux modes d'immersion: le premier, en faisant poser le bloc sur deux planches suiffées, et en donnant au chariot une légère inclinaison, qui suffit pour que le bloc glisse par son propre poids; dans le second mode d'immersion, le bloc, placé sur une cale inclinée, est d'abord descendu dans l'eau jusqu'à ce qu'il plonge d'un mètre à l'avant; dans cette position, il est saisi par une machine composée de deux flotteurs, entre lesquels il est symétriquement placé. Ces flotteurs le saisissent au moyen de chaînes passées en dessous du bloc, et le transportent en le maintenant sur l'eau, à l'instar des chameaux dont les Hollandais se servent pour alléger les vaisseaux et les faire passer sur les hauts-fonds.
Les travaux exécutés pour la consolidation de l'ancien môle, et les 150 métrés de nouvelle jetée construits jusqu'en 1812 avaient eu pour résultat d'augmenter un peu l'étendue du port d'Alger et d'ajouter beaucoup à la sécurité des navires. La rade d'Alger, comme on le voit sur la carte, forme à peu près un demi-cercle» ouvert du côté du nord. Son extrémité orientale se termine au cap Matifou; la ville d'Alger est presque à son extrémité occidentale. Ainsi la rade est garantie des vents d'ouest par le massif d'Alger; des vents du midi, par les hauteurs qui se rattachent à ce massif, et, plus loin, par le petit Allas; et, des vents d'est, par le promontoire qui finit au cap Matifou; mais elle reste ouverte à tous les rhumbs de vent qui viennent du nord, et qui sont d'autant plus dangereux qu'ils poussent les bâtiments à la côte. A l'est de la porte Bab-Azoun, extrémité méridionale de la ville, et à 300 mètres environ du rivage, est une roche, couverte de 2 mètres d'eau seulement, qu'on nomme la roche Algefna. A l'est de cet écueil en est un autre, couvert de 5 métrés d'eau, dit Roche-Écueil ou Écueil-sans-nom.
L'utilité de l'établissement d'un grand port à Alger, dans l'intérêt de la marine militaire comme de la marine marchande, et approprié aux besoins de l'une et de l'autre, a été unanimement reconnue par les partisans de l'occupation restreinte, aussi bien que par ceux de l'occupation étendue. Un bon port est, pour les uns, le principal, sinon le seul profit qu'on peut retirer de notre possession africaine; pour les autres, une condition indispensable du développement de notre puissance. Mais l'importance même de cet établissement maritime, l'étendue à lui donner, le temps et la dépense à consacrer à sa création, toutes ces graves questions à résoudre, expliquent les lenteurs qui ont fait ajourner jusqu'en 1812 l'adoption d'un plan définitif.
De nombreux projets ont été soumis à l'appréciation du gouvernement. Le plus ancien, qui remonte à 1835, est de M. de Montluisant, ingénier en chef, directeur des travaux hydrauliques à Toulon. D'autres ont été successivement présentés par MM. Rang, capitaine de corvette; Delassaux, capitaine de vaisseau; Lainé, contre-amiral; Poirel, ingénieur en chef des Ponts-et-Chaussées; Raffeneau de Lile, inspecteur général des Ponts-et-Chaussées, et Bernard, également général divisionnaire attaché à la marine.
Pendant la session de 1812, une vive discussion s'est engagée à la Chambre des députés dans les séances des 4 et 5 avril, au sujet de ce que l'on a appelé le petit projet de port de M. Poirel, et le grand projet de M. Raffeneau de Lile. Le gouvernement, mis en demeure de se prononcer entre ces divers projets, a fait connaître le 14 avril, à la commission chargée de l'examen du budget pour 1843, que son choix s'était fixé en faveur d'un travail nouveau proposé par M. Bernard, et qui est un intermédiaire entre ceux de M. Poirel et Raffenau de Lile, qu'il modifie à peu près également. Ce travail, que nous publions dans la carte ci-jointe a obtenu la sanction du conseil d'amirauté. M. Bernard fait partir la jetée sud d'une pointe de rocher au nord et près du fort Bab-Azoun jusqu'à l'Écueil-sans-Nom; puis il prolonge le môle, en partant de l'extrémité des 150 mètres exécutés et se dirigeant vers le sud-est, un quart est dans une longueur de 500 mètres. Quinze vaisseaux pourront s'amarrer à la jetée; la dépense est évaluée 16 millions, 5 à 6 millions de moins que celle du projet Raffenau. La chambre des députés, dans sa séance du 26 mai dernier, a augmenté de 600,000 francs le crédit de 900,000 francs porté au budget de 1843 pour la construction du port d'Alger. L'allocation de 1.500.000 francs en ajournerait l'achèvement jusqu'en 1854. L'intérêt de notre domination en Algérie exige, au contraire, que les travaux de cet établissement maritimes dont l'utilité est unanimement proclamée, soient poussée plus activement, et il est à désirer que les ateliers reçoivent un développement tel, qu'une allocation de 3 à 4 millions puisse être annuellement employée; car ce n'est que lorsque nos flottes seront assurées de trouver sur la rive algérienne, presque en face de Toulon, un refuge et un abri, que la prophétie de Napoléon se réalisera, et que la Méditerranée deviendra bien réellement un lac français.
Colonisation de l'Algérie.--C'est en 1843 la première fois qu'un crédit spécial pour la colonisation figure au budget; c'est la première fois aussi que le gouvernement a annoncé d'une manière certaine et positive que son intention était non pas de coloniser lui-même ni de cultiver ou faire cultiver les terres pour son propre Compte, mais de favoriser par tous les moyens possibles la colonisation européenne en Afrique.
Divers systèmes étaient en présence, M. le lieutenant-général Bugeaud s'est prononcé dans plusieurs écrits pour la colonisation militaire, M le duc de Dalmatie, président du conseil et ministre de la guerre, a déclaré, au nom du cabinet, dans la séance de là Chambre des dépotés du 26 mai dernier, que la colonisation militaire ne pouvait aboutir à des résultats avantageux, et que la colonisation civile, qui amène la famille, est la plus féconde et la meilleure. Celle-ci n'exclut pas, d'ailleurs, l'emploi des moyens militaires. En même temps que des ouvriers civils, toutes les compagnies disciplinaires et les condamnés militaires qui se trouvent en Afrique seront employés à préparer cette colonisation civile. Ils établissent des villages, les fortifient, font les premiers frais d'établissement, de manière que le colon civil qui arrive avec sa famille puisse y trouver un abri et un commencement d'exploitation.
Travaux du port d'Alger.--Chantier des blocs de béton qui s'immergent par terre.
Pour que les villes du littoral soient à tout jamais françaises il est, en effet, indispensable de mettre entre elles et les indigènes du dehors des villages européens, des cultivateurs, toute une population rurale qui puisse les faire vivre en les protégeant, créer une production de quelque importance et prêter un utile concours aux forces employées à la garde du pays. Ainsi donc, la Ionisation, sagement limitée, est le premier élément de conservation: elle peut nous donner, en peu d'années, les moyens de pourvoir suffisamment à la défense de l'Algérie, sans engager plus qu'il ne convient les forces et l'argent de la France. Afin de donner à la formation des centres agricoles une marche régulière, un arrêté du 18 avril 1811 a statué que la Colonisation d'un territoire déterminé et la formation de nouveaux centres de population seraient autorisées par arrêté du gouverneur-général qui réglerait les conditions d*existence de ces établissements, leur déplacement, leur circonscription, la population qu'ils seraient susceptibles de recevoir immédiatement, l'étendue des terres à concéder aux premiers habitants.