Revue algérienne
PORT D'ALGER--COLONISATION DE L'ALGÉRIE.
Port d'Alger--Le port d'Alger est situé à l'ouest et à l'entrée d'une rade entièrement ouverte aux vents du large; il a été construit en 1530 par Khaïr-Eddin, frère de Barberousse. A 300 mètres en mer, existait un banc de roches, ou îlots, en arabe Al-Djézaïr, d'où Alger a pris son nom. Les Espagnols y avaient fait un fort; Khaïr-Eddin les en chassa, et réunit ces îlots à la ville par une jetée: c'est la jetée appelée Khaïr-Eddin Plus tard, on forma une petite darse de 3 hectares, au moyen d'un môle construit à l'extrémité sud de l'île, et lancé vers le sud à 150 mètres dans la mer. Ce môle, duquel dépend la conservation de la darse, était en 1830, époque de l'occupation d'Alger par l'armée française, dans un état de délabrement complet et de ruine imminente, malgré les travaux considérables des Turcs. C'était sur ce point qu'ils portaient toutes les ressources dont ils pouvaient disposer en esclaves et en argent; cependant l'ouvrage de chaque campagne était sans cesse détruit pendant la saison du gros temps. Il en fut de même des premiers travaux exécutés par les ingénieurs français, qui ne purent réussir à se rendre maîtres de la violence des flots, sur un point où ils ont des effets d'une puissance extraordinaire, qu'en recourant à des moyens de construction plus puissants que ceux qu'on avait employés jusqu'ici. Tandis que les blocs les plus forts employé dans la digue de Cherbourg ne pèsent pas plus de 5 à 6 mille kilogrammes, on entassa dans la jetée à Alger des blocs de 22 mille kilogrammes. Mais comme l'extraction et le transport de blocs aussi considérables eût été à peu près impossible, M. Poirel, Ingénieur, chargé en chef de la direction des travaux, eut l'heureuse idée de les fabriquer artificiellement, au moyen du béton, matière connue de tous les constructeurs, et qui a la propriété de durcir dans l'eau. Grâce à cette invention, le môle a pu être reconstruit tout entier à neuf, en quelques années, et avec une solidité désormais l'épreuve des plus grosses mers.
Travaux du port d'Alger.--Chantier des blocs de béton qui s'immergent par an.
Le système généralement employé de nos jours pour la construction des jetées à la mer est celui que l'on connaît sous le nom de jetées à pierres perdues. Il était pratiqué chez les Romains, ainsi qu'on le voit par les restes du port de Civita-Vecchia. La dimension des matériaux employés à la composition de ces anciennes jetées est généralement de 3 mètres cubes au plus, encore sont-ils remués par la mer, et éprouvent-ils toujours quelque dérangement par les mouvements les plus violents des vagues. Il a été reconnu qu'à Alger un volume de 10 mètres cubes était nécessaire pour que le bloc fût immuable, et ceux que M. Poirel a fabriqués artificiellement en béton dépassent même ce volume.
Ces blocs sont faits de deux manières différentes: les uns se construisent dans l'eau, sur la place même qu'ils doivent occuper; les autres sont fabriqués à terre, pour être ensuite lancés à la mer.
Les premiers se font en immergeant du béton dans des caisses échouées sur l'emplacement des blocs. Ces caisses sont de grands sacs en toile goudronnée, dont les parois sont fortifiées par quatre panneaux en charpente, sur lesquels la toile est étendue et fixée. La masse de béton qui la remplit peut donc se mouler parfaitement sur le terrain» et se lier avec lui par les aspérités mêmes qu'il présente. Ces caisses-sacs sont préparées sur le chantier et lancées dans le port, d'où elles sont remorquées par des pontons, et amenées en flottant sur la place qu'elles doivent occuper. On les y fixe au moyen de petites caisses en bois, amarrées tout autour de la caisse-sac, et remplies de boulets. La caisse-sac une fois mise en place, on y établit une machine à couler, qui pose sur un échafaudage volant, communiquant avec la terre par un pont de service.