«La Russie est l'empire des catalogues à lire comme collection d'étiquettes; c'est superbe, mais gardez-vous d'aller plus loin que les titres. Si vous ouvrez le livre, vous n'v trouverez rien de ce qu'il annonce; tous les chapitres sont indiqués, mais tous sont à faire. Combien de forêts ne sont que des marécages que vous ne couperiez pas un fagot!... Les régiments éloignés sont des cadres où il n'y a pas un homme; les villes, les routes, sont en projet; la nation elle même n'est encore qu'une affiche placardée sur l'Europe, dupe d'une imprudente fiction diplomatique....
«Ce peuple, qui a tant de grâce et de facilité, est dépourvu du génie créateur. Les Russes sont les Romains du Nord. Les uns et les autres ont tiré leurs sciences et leurs arts de l'étranger. Ils ont de l'esprit, mais c'est un esprit imitateur, et par conséquent plus ironique que fécond; cet esprit contrefait tout, il n'imagine rien.
»Les Russes ont beau faire et beau dire, tout observateur sincère ne verra chez eux que des Grecs du Bas-Empire formés à la stratégie moderne par les Prussiens du dix-huitième siècle et par les Français du dix-neuvième.
«La Russie est une nation de muets; quelque magicien a changé 60 millions d'hommes en automates qui attendent la baguette d'un autre enchanteur pour renaître et pour vivre.
«En Russie, un homme qui rit est un comédien, un flatteur ou un ivrogne.
«N'écoutez pas la forfanterie des Russes; ils prennent le faste pour l'élégance, le luxe pour la politesse, la police et la peur pour les fondements de la société. A leur sens, être discipliné, c'est être civilisé. Ils oublient qu'il y a des sauvages de moeurs très douces et des soldats fort cruels. Malgré toutes leurs prétentions aux bonnes manières, malgré leur instruction superficielle et leur profonde corruption précoce, malgré leur facilité à deviner et à comprendre le positif de la vie, les Russes ne sont pas encore civilisés. Ce sont des Tartares enrégimentés rien de plus. La société, telle que ses souverains l'ont faite, n'est qu'une immense serre-chaude remplie de jolies plantes exotiques. D'ailleurs, quelle que soit l'apparence des choses, il y a au fond de tout la violence et l'arbitraire. On y a rendu la tyrannie calme à force de terreur: voilà jusqu'à ce jour, la seule espèce de bonheur que ce gouvernement ait su procurer à ses peuples.»
Modes
|
Costume d'intérieur.--Robe de chambre. Il n'est donc pas rare de retrouver dans son boudoir, près d'un feu vif et clair, et revêtue d'une robe de chambre en velours dont les ouvertures lacées permettent d'apercevoir une riche jupe de dessous telle que nous la représentons ici, la femme élégante que l'on a rencontrée dans la matinée à la promenade ou en visite avec une tout autre toilette... Le matin, en effet, elle avait une robe à volant plat, collet à châle renversé, manches à la Suissesse, ornées de jockey étagés; elle portait à la main l'ombrelle douairière de Verdier, destinée à protéger contre les rayons d'un soleil rare, mais perfide, les couleurs si tendres d'un chapeau de crêpe, costume dont nous avons donné la gravure dans notre dernier numéro. | Chacune des quatre saisons de l'année ramenait autrefois à son ouverture et à un jour invariablement fixé l'adoption simultanée d'un costume spécial dont les étoffes, et nous dirons presque les couleurs, étaient à l'avance déterminées. Cette coutume générale était-elle une conséquence forcée retour plus régulier des saisons, ou tenait-elle seulement à un cérémonial obligé dont nous nous sommes depuis longtemps affranchis? C'est un problème dont nos lectrices peuvent chercher la solution. Toujours est-il que l'instabilité du printemps et les brusques variations de l'atmosphère ne nous permettent pas de faire aujourd'hui ce que nous faisions autrefois. Ne déplorons donc pas ces alternatives de froid et de chaud: la mode vit de contrastes. |
On a annoncé la découverte de la suite du Don Juan de lord Byron; la nouvelle a fait son tour d'Europe. L'Illustration a cru pouvoir risquer l'innocente plaisanterie de donner le dix-septième chant comme un fragment de cette prétendue découverte. Beaucoup y ont été pris. Les éditeurs français des traductions de Byron nous ont proposé de traiter pour le droit d'insérer cette suite dans leurs éditions. Des traducteurs allemands nous ont écrit de leur adresser l'original pour faire connaître le chef-d'oeuvre à leurs concitoyens. Cette note répondra à tous, même à la Revue de Paris, qui a eu besoin pour deviner la chose, qu'on lui dise le nom de l'auteur.