Angélique et Médor opéra comique en un acte, paroles de M, Sauvage, musique de M. A. Thomas.
Nous avons une vieille dette à payer à l'Opéra-Comique. Il y a un mois au moins que ce titre d'un si heureux augure a décoré pour la première fois son affiche, et MM. Sauvage et Thomas ont raisons de se plaindre que nous n'ayons pas encore donné de leurs nouvelles aux lecteurs de l'Illustration. Passe encore, si nous n'avions eu à raconter qu'une défaite! Ces messieurs auraient pris patience, sans doute, et nous auraient su gré de nos lenteurs. Mais retarder de quatre semaines le bulletin d'une victoire! voilà qui est impardonnable. Nous confessons humblement notre faute, et nous nous recommandons à la clémence de M. Sauvage et à la grandeur d'âme de M. Thomas.
Quoique jeune. M, Thomas a déjà fourni une assez longue carrière dramatique. Il est du petit nombre des lauréats du Conservatoire pour qui se sont ouvertes comme d'elles-mêmes, les portes d'airain de ce sanctuaire de l'Opéra-Comique, accessible à si peu d'élus. M Thomas a déjà produit six partitions pour le moins: la Double échelle, le Perruquier de la régence, le Panier fleuri, Carmaquala, le guérilléro et enfin, Angélique et Médor Si nous omettons quelqu'un de ses titres, qu'il nous le pardonne; l'oubli est tout-à-fait involontaire.
A l'Opéra-Comique les essais de M. Thomas ont été plus ou moins heureux; mais enfin il n'a jamais essuyé de revers Les deux campagnes qu'il a faites sur la scène de l'Académie royale de Musique n'ont pas eu un résultat aussi favorable. Est-ce parce que les auditeurs y sont plus difficiles, ou bien parce qu'un terrain plus vaste exige plus de vigueur et d'haleine chez celui qui veut le parcourir? l'un et l'autre peut-être. Mais, sans examiner aujourd'hui cette question, bornons-nous à constater que la place Fayard vient d'offrir à M. Thomas un honnête dédommagement des échecs que la rue Lepelletier lui a vu subir.
Les qualités prédominantes chez M. Thomas sont la clarté, la facilité, l'élégance et la grâce; ce qui paraît lui manquer c'est la verve, la force, la passion. On a donc le droit de présumer qu'il réussira sans peine à l'Opéra-Comique, à moins qu'il n'ait à traiter un sujet trop dramatique, et à l'Opéra, il paraîtra souvent au-dessous de sa tâche.
Angélique et Médor était justement un livret tel qu'il le faut à ce compositeur. Rien de mieux dans le sujet ni dans les caractères, aucune situation forte, aucune scène trop vive, aucune passion trop énergique; des sentiments tendres, des idées gracieuses ou plaisantes. M. Thomas était là sur son terrain, et tout-à-fait à son aise. Il y a bien paru.
Son ouverture n'est, à proprement parler qu'une longue valse, précédée d'une courte introduction. L'introduction est agréablement instrumentée, modulée d'une manière piquante. La valse est fraîche, vive, et légère, et se développe avec une grâce où l'on reconnaît l'habileté de l'auteur.
Il y a une très jolie romance, et un de ténor qui nous a paru fort élégant, mais que le chanteur à qui il est confié rend lourd et gauche. Il est presque toujours imprudent de compter sur l'agilité des chanteurs d'aujourd'hui. Ajoutez-y un duo très bien fait, un trio charmant, et deux airs bouffes peu remarquables en eux-mêmes, mais qui, du moins, ne nuisent pas à l'effet des autres morceaux, et vous comprendrez que le total forme un ensemble assez satisfaisant. Il n'en faut pas tant pour faire vivre longtemps et bien une partition en un acte.
Théâtre de l'Opéra-Comique.--Une scène d'Angélique et Médor.