Je regrette de n'avoir pas une cour plus nombreuse, dit le grand-duc; mais j'ai été obligé de la diminuer de moitié il y a trois jours.
--Pourquoi cela? demanda le prince Maximilien.
--Imaginez-vous, prince, reprit le grand-duc Léopold, qu'une douzaine de courtisans, comblés de mes bontés, avaient osé tramer un complot contre moi, au bénéfice d'un mien cousin qui habite Vienne. Dès que j'ai eu découvert cette trame, j'ai fait jeter mes conspirateurs dans les cachots de ma bonne citadelle de Ranfrang.
--C'est très bien! de l'énergie, de la vigueur, j'aime cela, moi!... Et l'on disait pourtant que vous étiez d'un caractère faible! Comme on nous trompe! comme on nous calomnie!»
Le grand-duc adressa un regard de reconnaissance à Balthazard.
Le premier ministre se trouvait aussi à son aise dans ses nouvelles fonctions que s'il les avait pratiquées toute sa vie; il commençait même à soupçonner que le gouvernement d'un grand-duché est beaucoup plus facile que la direction d'une troupe de comédiens. Toujours actif et toujours occupé de la fortune de son maître, il manoeuvrait pour amener la conclusion du mariage qui devait donner au grand-duc bonheur, richesse et sécurité; mais malgré toute son habileté, malgré les tourments qu'il avait jetés dans l'âme jalouse du baron Pépinster, l'ambassadeur employait au succès de sa mission les courts instante de repos que lui laissait sa femme. L'alliance de Biberick plaisait au prince Maximilien; il y trouvait de grands avantages: l'extinction d'un vieux procès entre les deux états, la cession d'un vaste territoire, enfin le traité de commerce que le perfide baron avait apporté à la cour de Noeristhein pour le conclure au profit de la principauté de Hanau. Muni de pleins pouvoirs, le diplomate était prêt à orner le contrat de toutes ses clauses que le prince Maximilien aurait la fantaisie de lui dicter.--Il faut dire ici que l'électeur de Biberick était passionnément épris de la princesse Edwige.
Le baron devait donc triompher par la force des choses et par la volonté décisive du prince de Hanau, si le premier ministre ne parvenait à organiser de nouvelles machinations pour détruire le crédit de l'ambassadeur ou le forcer à la retraite. Déjà Balthazard était à l'oeuvre et faisait la leçon à Florival, lorsque le prince Maximilien, le rencontrant dans le jardin du palais, lui demanda un moment d'entretien particulier.
«Je suis aux ordres de Votre Altesse, répondit respectueusement le ministre.
--J'irai droit au but. M le comte de Lipandorf, reprit le prince. Je suis veuf d'une princesse de Hesse-Darmstadt que j'avais épousée pour satisfaire à des exigences politiques. Trois fils sont nés de cette union. Aujourd'hui je veux contracter de nouveaux liens; mais cette fois je n'ai plus besoin de me sacrifier à des raisons d'état; c'est un mariage d'inclination que je médite.
--Si Votre Altesse me faisait l'honneur de me demander un conseil, je lui dirais qu'elle est parfaitement dans son droit. Après s'être immolé au bonheur de son peuple, un prince doit être libre de songer un peu au sien.