--Lui seul, en effet, le pouvait, et je m'applaudis de m'être adressé directement à lui. D'abord, quand je lui ai demandé tout à l'heure quelle était la famille de la jeune comtesse, le grand-duc a mal dissimulé son embarras; alors, la position de mademoiselle de Rosenthal m'a donné à réfléchir; jeune, belle et isolée dans le monde, sans parents, sans appui, sans guide, cela m'a paru suspect. J'ai frémi en songeant à la possibilité d'une intrigue.. mais, pour détruire un injuste soupçon, le grand-duc m'a tout avoué.
--Et que décide Votre Altesse?.... Après une telle confidence...
--Je ne change rien à mes projets: j'épouse.
--Comment! vous épousez?... Mais non, Votre Altesse plaisante.
--Apprenez, M. de Lipandorf, que je ne plaisante jamais. Que trouvez-vous de si étrange dans ma détermination? Feu le père du grand-duc Léopold était galant, romanesque; il a contracté dans sa vie plusieurs alliances de la main gauche; mademoiselle de Rosenthal est née d'une de ces unions. Peu m'importe l'illégitimité de sa naissance; elle est d'un sang noble, d'une race princière, voilà tout ce qu' il me faut.
--Oui, reprit Balthazard qui avait déguisé sa surprise et composé son visage avec le talent d'un homme d'état et d'un comédien consommé..., oui, je comprends à présent, et je pense comme vous: Votre Altesse a le don de ramener tout de suite les gens à son avis.
--Pour comble du bonheur, continua le prince, la mère est restée inconnue: elle n'existe plus aujourd'hui, et, de ce côté, il n'y a pas de trace de famille.
--Comme le dit Votre Altesse, c'est fort heureux. Et sans doute le grand-duc est informé de vos augustes intentions au sujet de ce mariage?
--Non; je ne lui en ai encore rien dit, non plus qu'à mademoiselle de Rosenthal. C'est vous, mon cher comte, que je charge de faire ma demande, qui, je l'espère, ne saurait rencontrer le moindre obstacle. Je vous donne le reste de la journée pour tout arranger. J'écrirai à mademoiselle de Rosenthal; je veux tenir d'elle-même l'assurance de mon bonheur, et je la prierai de venir m'apporter sa réponse ce soir, dans le pavillon du parc. Vous voyez que je me conduis en véritable amant; un rendez-vous, un entretien mystérieux.....
Mais, allez, M. de Lipandorf, ne perdez pas de temps; je veux qu'un double lien m'unisse à votre maître. Nous signerons en même temps mon contrat et le sien. À cette seule condition, je lui accorde la main de ma soeur; sinon je traiterai ce soir même avec l'envoyé de Biberick.