Un quart-d'heure après cette ouverture du prince Maximilien, Balthazard et mademoiselle Délia étaient en conférence avec le grand-duc.

Que faire? quel parti prendre? Le prince de Hanau était entêté, opiniâtre. Il ne manquerait pas de bonnes raisons pour renverser les objections et aplanir les difficultés.

Lui avouer qu'on l'avait trompé, c'était rompre pour jamais avec lui.

Mais, d'un autre coté, le laisser dans son erreur, lui faire épouser une comédienne!... c'était grave!--Et si un jour il découvrait la vérité, il y avait de quoi soulever toute la confédération germanique contre le grand-duc de Noeristhein.

«Quel est l'avis de mon premier ministre? demanda le grand-duc.

--La retraite, la fuite. Que Délia parte à l'instant; nous trouverons une explication à ce brusque départ.

--Oui, et ce soir même, comme il l'a dit, le prince Maximilien signera le contrat de mariage de sa soeur avec l'électeur de Biberick... Mon opinion, à moi, est que nous nous sommes trop avancés pour reculer. Si le prince découvre un jour la vérité, il sera le premier intéressé à la cacher. D'ailleurs, mademoiselle Délia est orpheline, elle n'a ni parents ni famille, je l'adopte, je la reconnais pour ma soeur.

--Ah! Monseigneur, que de bonté! s'écria la jeune cantatrice.

--Vous êtes de mon avis, n'est-ce pas, mademoiselle? continua le grand-duc; vous êtes décidée à saisir la fortune qui se présente et à braver les conséquences d'une telle audace?

--Oui, Monseigneur.