Les femmes comprendront aisément la résolution de mademoiselle Délia. Une tête peut bien tourner devant une couronne. Le coeur se tait quelquefois en présence de ces coups du sort inattendus, splendides, enivrants. D'ailleurs, Florival, de son côté, n'était-il pas infidèle? Qui sait où pouvaient le mener les tendres scènes qu'il jouait avec la baronne Pépinster? Le prince Maximilien n'était ni jeune, ni beau, mais il offrait un trône. Sans parler des comédiennes, combien trouveriez-vous de grandes dames qui, en pareille circonstance, seraient rebelles à l'entraînement de l'ambition, et refendraient par un refus?
Balthazard s'arma vainement de toute son éloquence. Soutenue par le grand-duc, Délia accepta le rendez-vous du prince Maximilien.
--J'accepterai, dit-elle résolument; je serai princesse souveraine de Hanau. C'est un beau rêve!
--Et moi, reprit le grand-duc, j'épouserai la princesse Edwige; et ce soir même, le pauvre Pépinster, honteux et confus, repartira pour Biberick.
--Il serait bien parti sans cela, dit Balthazard... Oui, parti ce soir même, honteux, confus, désespéré; Florival enlevait sa femme.
--C'était pousser les choses un peu loin, remarqua Délia.
--Mais nous n'avons pas besoin de ce scandale, ajouta le grand-duc.
En attendant l'heure du rendez-vous, Délia, émue, rêveuse, se promenait dans les allées du parc, lorsqu'elle aperçut Florival, non moins ému, non moins rêveur, en dépit de ses idées de grandeur, elle sentit son coeur se serrer, et ce fut avec un sourire forcé qu'elle adressa au jeune homme ces paroles pleines de reproche et d'ironie:
--Bon voyage, monsieur l'aide-de-camp!
--Je vous ferai le même compliment, répondit Florival; car bientôt, sans doute, vous partirez pour la principauté de Hanau!