Après avoir lu la lettre du baron Pépinster, le prince fit de sages réflexions. Ce n'était pas la faute du grand-duc si la comtesse de Rosenthal ne montait pas sur le trône de Hanau. --Il y avait empêchement de force majeure, obstacle invincible.--Le départ précipité de l'ambassadeur de Biderick était une insolence dont il fallait se venger promptement.--Du reste, le grand-duc Léopold était un homme rempli de bonne volonté, habile, énergique, parfaitement conseillé.--La princesse Edwige le trouvant de son goût et n'imaginant pas de séjour plus agréable que cette cour si bien composée d'aimable» seigneurs et de femmes charmantes.--Toutes ces raisons déterminèrent le prince, et le lendemain fut signé le contrat de mariage du grand-duc de Noeristhein avec la princesse Edwige de Hanau.

La célébration du mariage eut lieu trois jours après.

La comédie était jouée. Les acteurs avaient rempli leurs rôles avec intelligence, avec esprit, avec un noble désintéressement. Ils prirent congé du grand-duc, lui laissant une grande alliance, une femme belle et riche, un beau-frère puisant, et un traité de commerce qui devait remplir les coffres de l'État.

Leur départ fut expliqué à la grande-duchesse par des missions, des ambassades et des disgrâces. Ensuite les portes de la citadelle de Ranfrang s'ouvrirent, et les anciens courtisans, amnistiés à l'occasion du mariage, vinrent reprendre leurs emplois.

La nouvelle fortune du grand-duc était une garantie de leur dévouement.
Eugène Guinot.

Théâtres

Le Cirque des Champs-Elysées.--L'Assassin de Boyvin, Lucrèce à Poitiers (Gymnase).--Le Métier et la Quenouille (Variété). La Perle de Morlaix, les deux Malipieri (Théâtre de la Gaieté).

Il faut avouer que le Cirque-Olympique est le plus heureux des théâtres; rien ne lui manque: il a maison de ville et maison de campagne. Qu'appelez-vous maisons? vous insultez monseigneur; un palais et un château, s'il vous plaît.

Tandis que les autres théâtres, en petit bourgeois qu'ils sont, passent dans leur prison enfumée la saison des lilas, des primevères et des roses, son altesse le Cirque-Olympique déserte son hôtel du boulevard du Temple, au premier sourire du printemps, et s'en va, comme un prince héréditaire prendre possession de sa résidence d'été. Les Champs-Elysées reçoivent Sa Grandeur. Là, le Cirque Olympique galope à la belle étoile et donne ses fêtes équestres à l'ombre des ormeaux et des chênes.

On peut envier cette fortune et ce luxe printanier, mais qui oserait dire qu'ils ne sont pas mérités? Quel autre théâtre, autant que celui-ci, a besoin de se rafraîchir d'un peu de verdure et de feuillage? L'air, le ciel pur et les champs n'appartiennent-ils pas de droit aux vieux braves, aux vétérans couverts de cicatrices et tout blancs de la poussière des batailles? Après sa rude campagne d'hiver, après six grands mois de canonnade et de feux de file, criblé de balles, noirci de poudre, succombant sous le poids des lauriers, conquérant de l'Europe entière, le Cirque-Olympique peut bien se permettre de se donner du bon temps sous la treille et de désarmer. Il convient qu'il remette son sabre au fourreau pour reprendre haleine, qu'il ferme la porte de son arsenal et de son parc d'artillerie, et se roule nonchalamment dans les plis des drapeaux pris sur l'ennemi.