Mais ne croyez pas que le Cirque-Olympique s'endorme dans son château, comme un mol Indien dans son hamac, au souffle des brises: non; les loisirs du Cirque sont actifs et occupés; son repos est encore un combat; il ne croise plus baïonnette, cela est vrai; il ne s'élance plus au pas de charge, il n'escalade plus les redoutes, il n'emporte plus les villes d'assaut, il n'envahit plus les territoires, il ne pourfend plus l'armée prussienne, il n'aiguise plus son sabre victorieux sur le dos des Anglais, des Espagnols, des Mamelucks et des Cosaques; mais, en vrai paladin retiré dans son donjon, il se console de la paix par l'image de la guerre, et donne des carrousels animés où sonne l'éclatante fanfare, où les chevaux piaffent et hennissent, où les escadrons s'élancent et volent à des luttes innocentes, où les étendards et les écharpes se déploient livrant au vent leurs couleurs diaprées.
A peine mai a-t-il revêtu sa robe de printemps, que le Cirque-Olympique a congédié sa vaillante armée; ses maréchaux rentrent au magasin, ses capitaines et ses lieutenants prennent un congé de semestre, ses soldats bivouaquent à la grâce de Dieu; Murat a fait charger sa cavalerie pour la dernière fois, Eugène a donné le dernier baiser filial à l'impératrice Joséphine, et le dernier feu de Bengale a illuminé l'apothéose du grand Napoléon.
Vue extérieure du Cirque National des Champs-Elysées.
Au lieu de Napoléon et de Murât, voici les écuyers; au lieu des mâles cuirassiers, des terribles dragons des invincibles fantassins, voici les escadrons féminins, l'armée imberbe et vêtue à la légère, qui livre sur le dos des chevaux, des batailles d'équilibre et d'adresse, franchit l'espace d'un bond hardi et passe à travers les cerceaux.--Cette armée aérienne reconnaît mademoiselle Caroline pour général.--Au règne de la baïonnette et du tambour succède le règne du cheval; où ses héritiers emportent au trot et au galop les admirations que l'infanterie avait gagnées au pas de charge pendant la campagne d'hiver, Et ce petit chat, cette carpe, cette anguille, cette balle élastique, qui saute, se roule, miaule, frétille, grimpe, tombe et rebondit, c'est Auriol? Auriol est la merveille du Cirque-Olympique et son enfant chéri. Non-seulement il plaît par sa vivacité charmante, par sa légèreté d'écureuil, par la souplesse de ses cabrioles et l'aisance de ses lazzis, mais il étonne par l'aplomb gracieux de ses jeux de prodigieux équilibre. Qui ne connaît pas le tour des bouteilles et le saut des chaises, ne connaît rien. Il faut voir avec quelle agilité, quelle sûreté, quelle adresse véritablement diabolique, Auriol sort victorieux de ces surprenantes entreprises. Comme il trouve un appui sur ce verre chancelant et fragile! comme il monte d'échelons en échelons sur ces chaises en pyramides, aussi léger qu'un oiseau grimpeur qui va de branche en branche! Auriol est mince et petit, à peu près de la taille du gentil diable Asmodée; il a quelque chose de sa malice et de son rire aigre et moqueur. Je pense qu'Asmodée eût été Auriol s'il ne s'était pas cassé la jambe, ce qui l'a forcé, au lieu de cabrioler, à prendre béquille.
Auriol.--L'équilibre des bouteilles. Auriol.--L'équilibre des chaises.
Les clowns sont les alliés d'Auriol, mais ne lui ressemblent pas. Les clowns font tout avec poids et gravité, ils sont sérieux même dans leurs tours les plus lestes. Le clown représente la matière pure et simple; il étale sa force musculaire dans toute sa réalité; Auriol, au contraire, la cache sous mille ruses et mille grâces charmantes. On peut comparer Auriol à la cavalerie légère, et le clown à la grosse cavalerie.
Les Clowns anglais du Cirque.