Enfin, sur la rive, en arrière de l'autre chemin de fer de Versailles, sur une hauteur célèbre, s'élève le plus considérable de tous les forts de Paris: la forteresse du Mont-Valérien, placée en dehors de toutes les attaques probables, est destinée à protéger les arrivages de l'ouest et à servir de lieu de sûreté pour des approvisionnements d'armes et de minutions. De grandes et vastes casernes, dont en partie les constructions subsistaient déjà, mais avec une autre destination, pourront loger une nombreuse garnison. Un chemin traversait la place sur laquelle il est assis; on l'a détourné, et l'on a construit une route stratégique, qui descend en zigzag jusqu'à la Seine et va aboutir à l'abbaye de Longchamps. Dans cette nomenclature, nous n'avons pas parlé de Vincennes. Vincennes, en effet, avec ses donjons gothiques ne fait pas partie des nouvelles fortifications de Paris; cependant les travaux considérables qu'on y a exécutés l'ont rendu susceptible d'une bonne défense; de plus, il existe un vaste projet, qui va probablement recevoir son exécution et rattacherait Vincennes d'une manière bien plus directe à la défense de Paris. Une partie du bois disparaîtrait et ferait place à une ville militaire, qui contiendrait les casernes nécessaires pour deux régiments d'artillerie, deux compagnies d'ouvriers, d'immenses ateliers de construction, une fonderie et une école de pyrotechnie. Ce sera l'arsenal de Paris, place de guerre.

Dans le tracé des forts, comme dans celui de l'enceinte, on a adopté la forme bastionnée. Tout ce que nous avons donc déjà dit est applicable ici; il nous reste à parler de quelques ouvrages particuliers qui ne se trouvent pas sur le corps de place. Chaque front est défendu par un chemin couvert, c'est-à-dire qu'après le talus de contrescarpe il se trouve un terre-plein, puis une banquette pour la fusillade. Le glacis sert de parapet et met à couver! les soldais, qui, dans cette position, font au commencement du siège un feu rasant très-meurtrier. La prise du chemin couvert est pour l'assiégeant un des épisodes les plus sanglants du siège.

Une autre disposition a été adoptée surtout pour les faces d'ouvrages qui ne peuvent être vus de l'ennemi; on a reculé le parapet, en sorte que l'on a deux lignes de feu. L'une supérieure, sur la banquette, l'autre derrière le mur percé de créneaux. On appelle créneaux une ouverture longue et étroite, évasée à l'intérieur pour donner à l'arme le plus de champ possible.

On remarquera aussi des masses de terre fort élevées se dressant au-dessus du parapet ordinaire» et portant elles-mêmes un parapet avec sa plongée, sa banquette et son terre-plein; ce sont des cavaliers destinés à voir au loin dans la campagne et à retarder en même temps la prise des ouvrages qui les contiennent et dont elles flanquent à revers le terre-plein.

On conçoit que si, dans une grande ville, où l'on peut facilement abandonner les endroits incendiés, les bombes ne sont pas à craindre, il n'est pas de même d'un petit fort, où la garnison, resserrée dans un espace limité, serait bientôt écrasée; il a donc fallu lui trouver des abris. On a donc construit des casemates, c'est-à-dire des réduits voûtés à l'épreuve de la bombe; autant que possible on les a placées contre les murs d'escarpe, et on les a crénelées pour les faire servir à la défende. Elles sont de deux sortes: les premières, qui sont les plus rares, peuvent contenir de l'artillerie: elles se trouvent ordinairement sur les flancs, et doublent ainsi des feux souvent très-précieux sur un point mal flanqué. Les secondes sont disposées pour la mousqueterie et se voient fréquemment le long des courtines, qui sont, comme on sait les parties les moins exposées de la fortification.


Coupe d'une casemate.

Escarpe crénelée.

Dans les forts se rencontreront aussi des magasins à poudre. Ce sont de petits bâtiments voûtés en maçonnerie à l'épreuve de la bombe. Ils sont surmontés d'un paratonnerre. L'explosion d'un pareil magasin amènerait certainement la ruine du fort dans lequel il se trouverait; aussi de grandes précautions sont-elles prises contre un pareil accident. On place ces constructions au centre du bastion pour les isoler le plus possible.