Il y a deux sortes d'entrés pour un fort; la porte et la poterne. La poterne est une petite porte débouchant au milieu de la courtine, à deux mètres environ du fond du fossé; elle ne s'ouvre que pour certains besoins de service. L'entrée régulière, c'est la porte, dont l'accès est défendu par un pont-levis. Comme la poterne, elle s'ouvre sur une courtine; on y arrive par un pont en maçonnerie; mais la dernière travée est remplacée par un tablier en bois. Au moyen d'un mécanisme particulier, ce tablier se relève et vient s'appliquer contre les montants de la porte; l'entrée du fort se trouve ainsi fermée, et l'obstacle du fossé rétabli.
Plusieurs conditions sont essentielles à remplir pour un pont-levis. Il faut que sa manoeuvre s'exécute facilement avec un petit nombre d'hommes; que rien ne puisse l'indiquer au loin à l' ennemi, afin de permettre à la garnison de préparer ses sorties avec mystère. Ces conditions se trouvent réunies dans le pont dont nous allons décrire le mécanisme.
La chaîne du pont passe sur les deux poulies C et A, à son extrémité est un poids F qui fait équilibre au poids du pont. Ce poids F se compose d'anneaux mobiles dont les extrémités sont fixées en E E'. Si l'on fait effort sur la chaîne D qui fait mouvoir la poulie B, dont l'axe est le même que celui de la poulie A, on conçoit que le poids F descendra, et la partie de ce poids qui fait équilibre au tablier du pont diminuera à chaque instant du poids des anneaux qui viendront s'ajouter à ceux déjà supportés par les points fixes E E'; en sorte que à chaque instant de la course, les poids restant en F feront équilibre au poids du pont dans la position où il se trouvera; il ne restera donc pour le faire manoeuvrer qu'à vaincre les frottements.
De la peinture sur Lave de Volvic.
On a pu remarquer, dans la Cour du palais des Beaux-Arts, quatre médaillons représentant les portraits de Périclès, d'Auguste, de Léon X et de François 1er, peints, il y a quelques années, par MM. Orsel, Perrin et Etex. Ces essais de peinture sur lave de Volvic, dus au procédé d'un habile chimiste que la science et l'industrie regrettent, M. Mortelèque, sont les seuls qui aient été appliqués à la décoration d'un monument public. Cependant aucun genre de peinture n'était plus que celui-ci propre à remplir toutes les conditions de la peinture monumentale. En effet, il n'a rien à redouter ni de l'action du soleil, ni de l'humidité, ni des infiltrations de salpêtre, si pernicieuses à toute peinture murale, qu'elle ait été exécutée à l'huile ou à la cire, nous ne parlons pas de la fresque, qui, dans notre climat, est presque impraticable à l'intérieur des édifices et absolument impossible à l'extérieur. Et ce serait là un des grands avantages de la lave, de pouvoir résister à toutes les intempéries. Cette peinture, éprouvée à plusieurs feux et émaillée de façon à présenter une surface dure et vernissée comme les belles sculptures en terre cuite de Luca della Robbia pourrait, comme ces dernières, servir à la décoration des monuments, orner à l'extérieur les frises et les cellas des églises; et l'étendue qu'on aurait à recouvrir de semblables peintures ne pourrait jamais être un obstacle à l'emploi de la pierre de Volvic, qui se chantourne et s'ajoute pièce à pièce comme les différentes parties d'une verrière, avec cet avantage que rien ne trahit les joints des morceaux juxtaposés. On peut en ce moment apprécier les résultats et les avantages de cette peinture, en voyant un nouvel essai de ce genre commandé à M. Perlet par la ville de Paris, et qui vient d'être placé dans la chapelle de la Vierge de l'église Saint-Nicolas-des-Champs, rue Saint-Martin. Cette peinture représente un Christ de proportion colossale vu à mi-corps, dans le style des mosaïques byzantines qui ornent encore plusieurs basiliques d'Italie. La figure, qui, comme celles qui ont servi de type à M. Perlet, se détache sur un fond d'or, est d'un beau caractère, d'un ton clair et simple, ainsi qu'il convient dans un endroit peu éclairé, et les draperies, traitées largement, font voir que cette peinture a toute la vigueur de l'huile et plus de ressource que toute autre pour l'éclat des tons brillants: Nous espérons donc, grâce au nouvel essai de M. Perlet, que l'art disputera à l'industrie la lave de Volvic et qu'après s'être élevée des trottoirs-Chabrol aux cadrans d'horloges de MM. Wagner et Lepaute, elle passera de l'ornementation des calorifères de café aux compositions de la peinture historique.
Nécrologie.--Thomire.
Né à Paris le 6 décembre 1751, Thomire (Pierre-Philippe) avait pour aïeul un militaire de mérite, et pour père un pauvre ciseleur de talent. Destiné par sa famille à la carrière des arts, vers laquelle, d'ailleurs, son propre goût l'entraînait dès l'enfance, Thomire, âgé de 14 ans à peine, fut l'un des plus assidus et des plus brillants élèves de l'Académie de Saint-Luc. Pajou, alors professeur dans cette académie, le remarqua, le prit en amitié et cultiva ses heureuses dispositions. Le célèbre sculpteur Houdon ne se contenta pas de lui donner ses conseils d'homme de génie, il eut assez de confiance en lui pour le charger d'exécuter en bronze le petit écorché, ouvrage qu'il affectionnait. Le jeune Thomire s'acquitta de cette tâche difficile et honorable avec tant de succès, qu'Houdon lui commanda une copie en marbre du Voltaire assis, son chef-d'oeuvre, qu'il voulait offrir à l'impératrice de Russie; l'élève, dans l'exécution de cette belle statue, se montra digne du maître.