Le jeune comte de B... poursuivait, depuis un mois, de ses impertinentes attaques, la jolie madame C... de N... Il faut vous dire que madame C... de N... tout récemment mariée, adore son mari, homme de coeur et d'esprit. D'abord la jeune femme s'amusa des prétentions de M. de B...; celui-ci, comme tous les fats, s'y trompa, et se crut aimé ou tout près de l'être. Un soir, avec une incroyable impudence, il escalada un mur du jardin et se glissa dans la chambre à coucher de madame C... de N...; un valet le vit, le reconnut, et vint avertir sa maîtresse; celle-ci, effrayée, envoya chercher son mari et lui confia l'insolent guet-apens du comte. «Mais de grâce, point de bruit et point de violence, dit-elle toute pâle et émue.--Sois tranquille, je traiterai le drôle comme il le mérite.» C... de N... descend l'escalier tranquillement, ouvre la porte de la chambre de sa femme; de B... surpris, arrive à sa rencontre. Le mari, sans s'émouvoir, s'approche de lui le plus près possible, et, levant le talon de sa botte, il lui marche rudement sur le pied. La douleur est si vive, que de B... pousse un cri. «Mille pardons, dit le mari du ton de la plus exquise politesse, mais je ne pensais pas qu'il dût y avoir ici un autre pied que le mien.»
On ajoute que de B... s'est contenté de partir le lendemain pour Naples.
Académie des Sciences.
COMPTE-RENDU DES TRAVAUX DU PREMIER TRIMESTRE DE 1843.
(Suite et fin.--Voir pages 217 et 234)
SCIENCES MATHÉMATIQUES.
Haute analyses--Le plus fécond des géomètres de nos jours, M. Gauchy, a lu à l'Académie, dans le premier trimestre de cette année, sept ou huit mémoires importants de haute analyse dont il ne nous est pas possible de donner ici une idée.
M. Liouville a lu aussi, sur la mécanique rationnelle, deux mémoires riches en résultats curieux. Parmi les autres communications faites à l'Académie sur les hautes mathématiques il nous suffira de mentionner celles de MM. Binet, Gascheau, Brassine, Frizon, etc.
Histoire de l'arithmétique.--Mais nous devons une mention spéciale aux beaux travaux de M. Chasles sur l'histoire des mathématiques au Moyen-Age, et notamment sur l'introduction du système de numération que l'on a improprement attribué pendant si longtemps aux Arabes. M. Chasles interprétant un passage de la géométrie de Boèce avec plus de soin et de critique qu'on ne l'avait fait avant lui avait rendu très-plausible l'opinion déjà émise avant lui que ce passage indiquait réellement l'emploi d'un système de numération tout à fait analogue au nôtre, chaque chiffre placé à la gauche d'un autre marquant des collections d'unités dix fois plus fortes. La traduction qu'il vient de donner du traité de l'«Abacus» de Gerbert, et les savants commentaires dont il l'a accompagné, ne peuvent plus laisser de doutes aujourd'hui sur l'ancienneté du système actuel de numération dans l'Occident, où il s'est conservé par l'école pythagorienne jusqu'à l'époque où il est devenu vulgaire. Ainsi se trouvent réfutées victorieusement les prétentions d'un savant, assurément fort versé en cette matière, avait cru devoir élever en faveur de Léonard de Pise. L'Abacus de ce géomètre n'a paru qu'en 1262; et notre Gerbert, né en Auvergne, comme on sait, fut élu pape sous le nom de Sylvestre II en 999. C'est donc un de nos compatriotes, trop oublié par les historiens modernes, mais dont la haute influence sur son siècle ne saurait être trop appréciée, qui il le plus contribué à répandre l'étude des sciences mathématiques à une époque de barbarie, et à préparer, par la vulgarisation d'un système convenable de numération, les progrès des siècles suivants.
Décès et nominations.--M. Puissant, auquel la nouvelle carte de France doit tout, est mort le 10 janvier dernier; il a été remplacé dans la section de géométrie par M. Lainé, auquel ses beaux travaux sur la théorie mathématique de la chaleur sur l'analyse indéterminée, sur la mécanique, lui méritaient depuis longtemps cet honneur.