LE MARQUIS, riant.--Je respecte en elle l'image de mon souverain. Vous ignorez ce que c'est que d'épouser la fille d'un prince et la fille naturelle encore!

LA CHANOINESSE.--Avouez donc que vous avez peur!

LE MARQUIS.--Peur? Vous savez que je ne redoute guère personne.

LA CHANOINESSE.--Toujours vain de vos duels.

LE MARQUIS.--Que voulez-vous? je n'aï que cela de sérieux. Je suis moqueur, sceptique, il faut bien que je regagne la considération par quelque endroit; et puis cela m'est d'un grand avantage; on n'ôse pas s'attaquer à ma femme, on sait ce qu'il en coûterait.

LA CHANOINESSE, riant.--Est-ce que vous seriez jaloux?

LE MARQUIS.--Dieu m'en garde!... Mais je hais le ridicule, et si ma femme me trompait, fût-ce pour mon meilleur ami ... je le tuerais sans pitié. (La chanoinesse fait un mouvement. Le marquis, riant.) Rassurez-vous; la réputation de mon épée me met à l'abri, et, sûr de ce côté, je permets à la marquise tous ses caprices, ses despotismes ...

LA CHANOINESSE.--Sans compter que vous vous en accommodez assez bien, parce qu'à chaque éclat qu'elle vous fait, le prince son père vous envoie une dignité de plus.

LE MARQUIS.--Et voilà pourquoi j'ai avancé si vite! Ah! comtesse, je vous ai volé celui-là.

LA CHANOINESSE.--J'en trouverai d'autres; la matière est si riche! Mais, dites-moi donc, monsieur le marquis, est-ce que le fief de Montenero ne vous reviendrait pas, si Francesca se remariait?