Le fait proclamé par Hahnemann, qui basait sur une seule proposition toute une théorie médicale, ne fut point admis à beaucoup près par tous les médecins; mais les critiques à cet égard, bien que manquant pour la plupart de gravité et d'urbanité, auraient paru sérieuses et modérées comparées à celles que provoqua le mode d'emploi conseillé par Hahnemann pour les remèdes homaeopathiques.
En considérant que le premier effet d'un médicament mis en usage d'après sa doctrine devait entraîner une aggravation passagère de la maladie, Hahnemann crut devoir s'imposer une extrême réserve pour la quantité des doses à administrer. Il songea d'abord à mélanger les substances médicinales avec une matière neutre, qui, en augmentant le volume, en rendait la division plus facile. Mais ayant reconnu que la diminution de la force active des remèdes n'était pas proportionnelle à la diminution de la quantité (ce qu'il attribua à une augmentation d'énergie résultant de l'acte de broyer les substances sèches ou de secouer les substances liquides pour opérer le mélange des unes ou des autres), il arriva par des réductions successives aux doses véritablement infinitésimales que les médecins homaeopathes prescrivent aujourd'hui.
Cette exiguïté des remèdes homaeopathiques a donné lieu à des discussions où l'une des parties invoquait en sa faveur le raisonnement et la science, tandis que l'autre prétendait s'appuyer sur des faits.
Sans pouvoir exprimer un avis sur cette question, qui n'est point de notre ressort, nous remarquons seulement que le nombre des disciple d'Hahnemann s'est beaucoup augmenté; en Allemagne, le savant Hufeland, adversaire déclaré des petites doses d'Hahnemann, recommandait dans son dernier ouvrage le principe [demi ligne illisible](1) de médicaments spécifiques: en France, une partie des professeurs de l'École de Médecine de Montpellier se sont déclarés sans réserve pour la doctrine homaeopathique; enfin, dans toute l'Europe et dans l'Amérique du Nord, nombre de médecins la pratiquent exclusivement.
[Note 1: La médecine ordinaire a généralement pour devise: Contraria contrariis sanantur; celle de l'homaeopathie: Similia similibus curantur.]
Sans admettre aveuglément tout ce que les partisans de l'homaeopathie en racontent de merveilleux, on pourrait s'étonner aussi que tant d'hommes instruits se fussent épris d'un système où tout serait erreur et illusion. Le temps et l'expérience décideront sur tout cela.
Une longue vie exempte d'infirmités, en donnant à Hahnemann la faculté de travailler avec persévérance au développement de sa doctrine, lui a procuré l'avantage de pouvoir en contempler les progrès.
Ayant épousé en secondes noces, en 1835, à l'âge de quatre-vingts ans, mademoiselle d'Hervily, qui n'en avait que vingt-huit, il se décida à venir habiter le pays de sa femme; et depuis huit ans il exerçait la médecine à Paris, quand la mort, qu'il a vue s'approcher avec le calme que donne toujours une haute raison jointe à une grande pieté, a sonné pour lui l'heure du repos.
Courrier de Paris.
Décidément l'été nous en veut et se plaît à nous jouer de mauvais tours. Vous savez de quel mois de mai et de quel mois de juin il nous a gratifié; pluie, vent, nuages sombres, voila ses aménités et ses douceurs. Juillet, enfin, était venu chassant devant lui les froides ondées et illuminant le ciel d'or, de pourpre et d'azur; juillet s'était montre, pendant quatre ou cinq jours, vêtu à la légère et environné de lumière et de soleil. Déjà Paris s'épanouissait, et, sortant de ses rues et de ses barrières, courait se mettre à l'ombre dans les bois de Saint-Germain et de Meudon: mais juillet se moquait de nous comme ses deux frères aînés. Ce rayon de soleil n'était qu'un sourire ironique qu'il nous jetait traîtreusement pour mieux nous attirer dans le piège, un faux espoir, une vaine apparence; à peine, en effet, Paris avait-il pris ses habits coquets et ses airs de fête, que juillet, riant sous cape, l'éclaboussait des pieds à la tête: le matin Paris était sorti verni et pimpant, le soir il rentrait mouillé jusqu'aux os ou crotté, comme le poète Colletet, jusqu'à l'échine. Il faut en prendre son parti; la vie bucolique sur les prés fleuris, à l'ombre des haies d'aubépine et des tilleuls, est évidemment supprimée pour l'an de grâce 1843. Le parapluie sera notre platane et notre charmille.