Fête communale de Douai.
Allons, veux-tu venir, compère,
A la procension de Douai?
Al est si joulie et si guaye,
Que de Valencienne et Tournay,
De Lisle, d'Orchie et d'Arras,
Les plus pressés vien'nt à grans pas.
Telle était la chanson que, le dimanche 9 juillet, entonnaient sur les routes de la Flandre des choeurs de paysans et d'ouvriers, il en venait de tous les pays circonvoisins, d'Anzin, de Roubaix, de Béthune, de Bouchain, de Pont-à-Marcq, de Cambray, voire même de Courtrai, de Menin et de Mons, et la ville de Douai était le rendez-vous de cette multitude. Ladite ville s'était coquettement parée; les maisons, qu'on lave d'ordinaire tous les samedis, avaient subi des ablutions supplémentaires; les habitants avaient la physionomie radieuse; la foule ondulait dans les rues; la bière ruisselait dans les tavernes; la place du Barlet était diaprée de bimbelotiers et d'acrobates; la Bibliothèque, les Galeries de tableaux, d'archéologie, d'anatomie et d'histoire naturelle étaient ouvertes au public, qui, à vrai dire, ne profitait guère de cette faveur municipale. Dès sept heures du matin, la grosse cloche du beffroi tintait, et le carillon, mis en jeu par des mains habiles, substituait des airs variés à son éternel suoni la tromba. Et pourquoi ce dérangement, cette agitation inusitée, ces émigrations, ce bruit de cloches et de voix? Quel aimant irrésistible entraînait Flamands et Belges vers la cité douaisienne? Le désir de contempler cinq énormes mannequins d'osier.
Douai, comme toutes les villes du Nord, a sa fête communale, appelée dacace ou kermesse en dialecte du pays; dacace par abréviation de dédicace, kermesse de kerk mess (foire d'église); mais elle a de plus une spécialité importante, un divertissement exceptionnel, assez curieux pour être raconté à nos lecteurs des quatre-vingt-six départements. Tous les ans, le premier dimanche qui suit le 6 juillet, une figure colossale, connue sous le nom deGayant, sort à onze heures du jardin du Musée, où on lui a construit une remise. Gayant, haut de vingt-deux pieds, coiffé d'un casque à blancs panaches, est soutenu par des porteurs cachés, dans ses flancs. Sa femme, Marie Caqenon, moins grande de deux pieds seulement, l'accompagne, habillée en dame de la cour de Marguerite de Valois. M. Jacquot, le fils aîné, d'une taille de douze pieds, porte fièrement une toque de velours, un manteau espagnol et un pourpoint à crevés. Mademoiselle Filion, la cadette, de dix pieds de hauteur, reproduit la toilette et les grâces maternelles. Le ptiot Binbin, enfant d'environ huit pieds, le plus jeune rejeton de la famille, a la tête garnie d'un bourrelet, et tient à la main des hochets. Derrière ces cinq grandes poupées roule un char à la cime duquel est posée la Fortune, dans l'exercice de ses fonctions distributives. Sur le plateau circulaire de ce véhicule, sont rangés un seigneur espagnol, une dame, un soldat suisse, un financier, un paysan avec une poule à la main, et un procureur, dont la poche gauche est bourrée de contrats. Le plateau tourne à l'aide d'une lanterne fixée à l'une des roues, de sorte que les six types d'états occupent alternativement l'extrémité supérieure ou inférieure du plan incliné. La chanson de Gayant, dont nous avons cité le premier couplet, nous explique ce balancement symbolique:
Te vera chelle biet reu de furteune,