Paris se rappelle encore la commotion produite, l'an dernier, par cette nouvelle inattendue: «Le duc d'Orléans n'est plus!» On sut la mort en même temps que l'accident, tant ce coup de foudre avait été rapide. Les partis furent unanimes dans leur sympathie; on se redit avec amertume cette mort d'un prince dans une arrière-boutique, cette mort d'un capitaine oin du champ de bataille, ce brancard sanglant porté par des sous-officiers de l'armée d'Afrique, et la famille royale, des maréchaux de France, des ministres, suivant à pied le corps d'un fils, d'un compagnon d'armes, d'un héritier plein d'avenir.
Tous les détails des funérailles, après une année d'intervalle, sont encore présents à la mémoire. Nous voyons l'immense cathédrale voilée de noir; le catafalque dressé entre les deux nefs latérales sous un baldaquin de velours doublé d'hermine; les cinq cents cierges flamboyants; les cariatides argentées, et la foule se succédant pendant quatre jours entiers, pour venir dire au prince royal un dernier adieu. La duchesse douairière d'Orléans avait fait construire, au château de Dreux, sur l'emplacement de l'église collégiale, une chapelle sépulcrale pour les princes des maisons de Toulouse et du Maine. C'est là que le duc d'Orléans repose, à côté de la princesse Marie, sa soeur. C'est là aussi qu'un service funèbre a été célébré, le 13, en présence de sa veuve et de ses parents désolés; mais, quoique son cercueil eût été placé dans les caveaux de Dreux, la reine a voulu qu'un monument consacrât le lieu où il a rendu le dernier soupir. La maison de M. Cordier a été achetée par la liste civile pour la Minime de 110,000 francs; elle a été démolie, et, il y a six mois, M. Fontaine et M. Lefranc, architectes-inspecteurs, ont jeté les fondements d'une chapelle qui vient d'être inaugurée le 11 juillet.
Église de Dreux.
Cette cérémonie s'est accomplie sans éclat; Pares n'y a pas été convié; la douleur de la famille royale n'a pas voulu de nombreux témoins. Le roi, la reine, la duchesse d'Orléans, le duc et la duchesse de Nemours, madame Adélaïde, les ducs d'Aumale et de Montpellier, ont assisté à la bénédiction donnée par l'archevêque de Paris. Les seules personnes admises à célébrer avec eux le fatal anniversaire, ont été les ministres, les maréchaux Gérard et Sébastiani, le comte de Montalivet, les généraux Aupick, Marbot et Baudrand, les présidents des deux Chambres. M. Bertin de Veaux, officier d'ordonnance de S. A. R., le duc d'Elchingen, aide-de-camp du prince, les aides-de-camp, officiers et écuyers de la maison militaire du roi, M. de Boismilon, secrétaire des commandements, les membres du conseil de l'instruction publique, et quelques autres dignitaires, dont la plupart avaient été présents à la catastrophe du 13 juillet.
L'édifice, formant une croix grecque, s'élève au milieu d'un enclos planté d'arbres. Il est d'un style byzantin, mitigé par quelques détails d'architecture antique; une croix en pierre domine le point d'intersection des nefs. Le bras droit est occupé par une chapelle dédiée à saint Ferdinand, le bras gauche par un cénotaphe et le choeur par l'autel de Notre-Dame-de-Compassion, dont la statue décore une niche extérieure pratiquée dans l'abside. Les trois portails s'arrondissent à plein cintre, et sont ornés de rosaces, où sont peintes la Foi, la Charité et l'Espérance.. Dix fenêtres cintrées, qui répandent dans l'enceinte un jour mystérieux, sont enrichies de vitraux fabriqués à la manufacture de Sèvres, d'après les compositions de M. Ingres. Ils représentent saint Philippe, Saint Louis, Saint Robert, saint Charles Borromée, saint Antoine de Padoue. Sainte Rosalie, saint Clément d'Alexandrie, sainte Amélie, saint Ferdinand, sainte Hélène, saint Henri, saint François, sainte Adélaïde et saint Raphaël.
Chapelle Saint-Ferdinand, à Sablonville,
inaugurée le 11 juillet.