Nous ne pousserons pas plus loin, quant à présent, l'histoire générale du lion. Nous nous bornerons à dire que presque tous les animaux reconnaissent la supériorité de ses forces. «Lorsque la nuit a couvert la terre de ténèbres, dit Poiret, cette tranquillité silencieuse qui l'accompagne est interrompue par les cris de divers animaux féroces; les chacals surtout glapissent en troupes nombreuses, les hyènes et les loups hurlent dans le lointain: ce n'est souvent qu'une confusion de cris difficiles à distinguer. Mais à peine les échos ont-ils répété les longs rugissements du roi des animaux, que ceux-ci n'osent plus se faire entendre; la seule voix du lion retentit dans ces vastes déserts, et impose silence à tous les habitants des forêts. Saisis d'épouvante, ils craindraient de se trahir par leurs cris, et d'attirer vers eux un ennemi qu'ils n'osent attendre pour le combat, malgré le signal éclatant qu'il donne à tous les animaux.»
Guépard d'Abyssinie, envoyé par le docteur Clot-Bey.
Le GUÉPARD D'ABYSSINIE. (guepardus jubata, Duvern.; guepar jubata Boit.; felis guttata. Herm.; cynofelis guttata. Less.) est, dans l'envoi de Clot-Bey, l'animal le plus intéressant. Il a beaucoup occupé les naturalistes, parce que ses formes générales semblent le placer avec les chats, et que cependant, il n'en a pas le caractère essentiel, ses ongles ne sont ni crochus, ni acérés, rétractiles. Par là, comme par ses habitudes et ses moeurs, il se rapproche beaucoup des chiens. Sur ces considération, MM. Davernoy, L. Geoffroy et moi, dans mon Jardin des Plantes, nous en avons fait un genre séparé, auquel M. Lesson, en l'adoptant, a jugé à propos de donner le nom de cynofelis chien-chat, nom qui, du reste lui convient fort bien. Ce dernier naturaliste ne me paraît pas aussi heureux quand il trouve deux espèces dans deux très-légères variétés de cet animal, ne se distinguant que une très-petite différence dans la couleur, la taille et la longueur des oreilles. A l'une il donne le nom de cynofelis jubata, et ce sérail le guépard de Buffon: à l'autre celui de cynofelis guttata, il en serait le guépard de Fr. Cuvier. Une chose assez singulière est qu'en se fondant sur des caractères aussi peu importants, on pourrait établir une troisième espèce avec notre guépard d'Abyssinie, car il ne ressemble positivement à aucun des deux précédents. Quoi qu'il en soit, les Arabes donnent à cet animal le nom de fadh, et c'est probablement celui qu'on lui conservera à la ménagerie.
Fadh est fort doux, privé comme un chien, et très-caressant. Il aime la société de ses gardiens; il reçoit leurs caresses avec un plaisir qu'il témoigne en remuant, non pas la queue tout entière, comme font les chiens, mais seulement l'extrémité, à la manière des chats. Il n'est nullement dangereux aussi lui a-t-on accordé une liberté beaucoup plus grande qu'aux animaux féroces. Sa cage est placée dans le bâtiment de la ménagerie, mais près d'une fenêtre par laquelle, lorsque le beau temps le permet, il peut sortir et aller se promener dans un petit parc où le conduit un couloir garni de paillassons. Notre planche représente ce couloir et le filet dont on a couvert le parc afin que l'animal ne puisse pas franchir les palissades et aller, s'il lui en prenait fantaisie, rendre une visite dangereuse aux gazelles et aux antilopes des parcs voisins.
Le pauvre Fadh n'était qu'à demi prisonnier dans son pays et le vieux collier qu'il porte au cou prouve assez que son premier maître, celui qui l'a élevé et que sans doute l'animal regrette encore, le conduisait à la laisse, s'il ne s'en faisait suivre librement. Aussi la boîte dans laquelle il était renfermé pendant le voyage d'Alexandrie à Paris le chagrinait beaucoup et ce ne peut être qu'à cela qu'il faut attribuer l'état de maigreur au il était lors de son arrivée. Ce qui me fait croire aussi qu'il n'était pas renfermé en Égypte, c'est qu'il est le seul des carnassiers de l'envoi qui n'ait pas la queue tordue grâce aux soins que l'on a pris de lui, une bonne nourriture à quelques caresse et à une certaine liberté. Fadh a repris gaieté et a déjà beaucoup engraissé. Aussitôt que l'heure d'ouvrir sa cage est arrivée, d'un bond il s'élance par la fenêtre dans son pare; il saute, gambade, se roule et joue comme ferait un jeune chien, surtout lorsque son gardien veut bien avoir l'air de partager sa joie, et lui faire quelques agaceries. Dans peu de temps ce sera probablement une très belle bête.
Les guépards sont de jolis animaux qui se trouvent en Afrique et en Asie. Il ont ordinairement trois pieds et demi de longueur, non compris la queue, et deux pieds de hauteur Fadh n'a pas encore atteint ces proportions, d'où je conclus qu'il n'a guère que quinze à dix-huit mois, peut-être moins; son pelage est, en dessus, d'un fauve clair qui deviendra plus brillant, et d'un blanc pur en dessous; des petites taches noires, rondes et pleines, assez également parsemées; garnissent toute la partie fauve; les poils du derrière de sa tête et de son cou deviendront plus longs, plus laineux, et lui formeront comme une sorte de petite crinière.
A cette jolie robe, Fadh joint la légèreté des formes et la grâce des mouvements. Il ne peut grimper sur les arbres comme les autres chats, mais il bondit comme eux, et il a sur eux l'avantage de courir avec la même facilité que les chiens. Comme tous les individus de son espèce, il est obéissant et pourrait être utilisé à la chasse. Dans l'Inde, on donne aux guépards le nom de tigres chasseurs, parce qu'on les dresse très-facilement à cet exercice. L'empereur Léopold Ier en avait deux qui étaient aussi privés que des chiens, et toutes les fois qu'il allait à la chasse, l'un de ces animaux se plaçait de lui-même sur la croupe de son cheval, l'autre derrière un de ses courtisans. Le bruit des cors, les aboiements des chiens et les fanfares des chasseurs ne les effrayaient nullement, et paraissaient même les exciter à bien faire leur devoir. Aussitôt qu'une pièce de gibier était levée, tous deux s'élançaient à sa poursuite, l'atteignaient et l'étranglaient; ils revenaient ensuite tranquillement reprendre leurs places sur le cheval de l'empereur et sur celui de son courtisan. En Perse, cette chasse est très-aimée par les grands; aussi un youse ou guépard bien dressé se vend-il quelquefois une somme exorbitante. Il en est de même à Surate, nu Malabar et dans plusieurs parties de l'Asie.
Civettes.