A dater de ce voyage à Weimar et de cette entrevue, une active correspondance s'engagea entre le vieillard et la jeune fille. Si Goethe n'aima pas Bettina, il se complut à se laisser adorer. «Il excita même cette affection, dit M. Sébastien Albin, tantôt par sa réserve, tantôt par sa condescendance à la souffrir. En un mot, il joua à merveille son rôle de Dieu. Aussi les lettres qu'il répond à Bettina nous semblent-elles faire ressortir un des points saillants de caractère du grand poète, l'égoïsme et la vanité. Goethe tirait profit et plaisir de cette affection. Aussi engage-t-il souvent Bettina à continuer ses communications, afin de les traduire, de les rimer, de s'en servir.»
En 1811 Bettina épousa Achim d'Arnim, écrivain distingué. Sa passion pour Goethe, connue de tout le monde, n'avait porté aucune atteinte à sa considération. Peu de temps après son mariage, elle se brouilla avec Goethe, mais elle continua à lui écrire de temps en temps, et elle ne cessa jamais de l'adorer. Cependant elle se montra toujours aussi bonne épouse que tendre mère.
Achim d'Arnim mourut en 1851, et, deux années après, Goethe rendait le dernier soupir à l'âge de quatre-vingt-quatre ans. La nouvelle de sa mort ne causa à Bettina que des émotions douces et sereines. «Je restai calme, dit-elle, réfléchissant à l'influence que cet événement allait exercer sur moi, et je vis bientôt que la mort ne tarirait pas cette source d'amour.»
En 1833 Bettina se décida à publier sa correspondance avec la mère de Goethe et avec Goethe, et une partie de son journal. On voulait lui persuader de retrancher et de changer différentes choses qui s'y trouvent, par la raison qu'on pourrait les mal interpréter. Mais elle s'aperçut bientôt qu'en fait de conseils, on n'accepte volontiers que ceux qui ne contredisent pas l'inclination propre; il n'y eut que l'avis de l'un de ses conseillers qui lui plut: «Ce livre est pour les bons et non pour les méchante,» lui dit-il. Cette phrase est devenue depuis l'épigraphe de sa préface.
La correspondance de Bettina et de Goethe eut, lors de sa publication, un immense, disons-le, un trop grand succès en Allemagne. L'élégante et fidèle traduction de M. Sébastien Albin sera avidement lue en France, nous en sommes certains. Toutefois madame d'Arnim ne passera pas en deçà du Rhin pour une sibylle inspirée, une prêtresse mystique de la nature; on ne verra en elle qu'une jeune fille pleine d'esprit et d'imagination, mais manquant presque complètement de sentiment, poète et artiste avant tout, s'amusant souvent à développer, pour sa satisfaction personnelle, toutes les pensées qui traversent son cerveau, tantôt naïve, simple, gracieuse, charmante, adorable: tantôt au contraire, guindée, boursouflée, extravagante, grimacière et profondément ennuyeuse. Plus d'une fois le lecteur laissera tomber ou fermera le volume, mais il le rouvrira toujours et il en lira toutes les pages, car il y trouvera, outre une foule d'idées poétiques curieusement développées et une peinture originale de la société allemande de cette époque, des anecdotes fort intéressantes sur Goethe, sur Beethoven, sur madame de Staël et un grand nombre d'autres personnes célèbres avec lesquels Bettina d'Arnim a eu des rapports fréquents ou passagers.
Guide pittoresque portatif et complet du Voyageur en France, contenant les relais de poste, dont la distance a été convertie en kilomètres, et la Description des villes, bourgs, villages, châteaux, et généralement de tous les lieux remarquables qui se trouvent tant sur les grandes routes de poste que sur la droite ou sur la gauche de chaque route: par Girault de Saint-Fargeau. 3e édition, ornée d'une belle carte routière et de 30 gravures en taille-douce.--Paris, 1843. 1 vol. in-18. Firmin Didot frères.
Les Guides Richard ont joui longtemps en France d'une réputation dont ils ne furent jamais dignes. Tous les voyageurs qui s'en sont servis ont appris à leurs dépens que cette collection ne contenait pas un seul ouvrage exact et complet. Cependant elle continuait à s'imposer tyranniquement au public trompé par des réclames payées. Malgré ses nombreuses erreurs, malgré ses inconcevables lacunes, elle se vendait toujours, car elle n'avait pas de rivale. Heureusement pour les touristes, plusieurs libraires de Paris ont, depuis quelques années, édité des guides ou itinéraires qui méritent à divers litres une préférence marquée. Parmi ces ouvrages nouvellement publiés, nous recommandons surtout le Guide pittoresque, du Voyageur en France par M. Girault de Saint-Fargeau. Sans doute ce livre n'est pas encore parfait--un pareil ouvrage ne peut jamais l'être,--mais il est bien supérieur, sous tous les rapports, au Guide Richard. Mieux imprimé, beaucoup mieux écrit, plus exact, plus complet, il n'a plus qu'un petit nombre d'omissions à réparer et de fautes à corriger pour devenir irréprochable. Son succès est assuré: deux éditions, tirées à 4,500 exemplaires et épuisées en moins de trois ans, ont enlevé au Guide Richard toute espérance de pouvoir soutenir avec avantage une lutte désormais inutile. La 3e édition, dont nous annonçons la mise en vente, contient, entre autres additions importantes: 1° la conversion en kilomètres de toutes les distances précédemment indiquées en lieues de poste, conversion qui ne se trouve jusqu'à présent dans aucun autre guide du voyageur en France; 2º l'indication, pour chaque localité importante, des voitures publiques, des chemins de fer et des bateaux à vapeur: 3° l'indication des buts d'excursion intéressants situés à proximité de chaque ville; la biographie locale, indiquant les titres des ouvrages les plus remarquables publiés sur la topographie, l'histoire ou la géographie de chaque département, de chaque ville, bourg ou village; addition des plus importantes, qui a nécessité de grandes recherches, et qui comprend les titres de plus de 1,800 ouvrages anciens et modernes.
Histoire et description naturelle de la commune de Meudon; par le docteur L.-Eugène Robert, membre des commissions scientifiques du Nord. 1 vol in-8.--Paris. 1843. Paulin.
«A quoi bon, s'écrie le docteur L.-Eugène Robert dès le début de son avant-propos, adressé aux naturalistes voyageurs, à quoi bon s'éloigner de son pays, traverser les mers orageuses ou hérissées de glaces, parcourir les contrées les plus sauvages, s'enfoncer dans les forêts vierges, escalader les chaînes de montagnes ou les cimes neigeuses des volcans? A quoi bon, en un mot, abandonner ses parents, ses amis, tout ce que l'on a de plus cher, pour aller au bout du monde chercher du nouveau, lorsque autour du toit paternel il y a tant d'éléments susceptibles de remplir le même but?... Ne vaut-il pas mieux rester près de ses pénates, employer son temps d'une manière quelconque là où l'on respire l'air natal, ne fût-ce qu'à planter des choux?... Experto crede Roberto.»
Convaincu de la justesse de ces réflexions, M. le docteur L.-Eugène Robert s'est pris de passion, comme il l'avoue lui-même, «pour un humble village dont la colline ne répète pas le cri de la mouette, mais au pied de laquelle coule paisiblement un fleuve et vient mourir le bruit d'une immense cité.» Considérée historiquement et physiquement, la commune de Meudon offre plus de faits intéressants qu'on ne se l'imagine. M. le docteur Robert n'a publié qu'un volume, mais, à l'en croire, son travail eût pu être beaucoup plus long; il a rejeté tous les détails trop minutieux, et il s'est contenté d'appeler l'attention de ses lecteurs sur les points principaux de son sujet; il a toujours tâché d'être concis, exact et vrai, ne voulant pas que ses chers compatriotes, les Meudonnais, confondissent son livre avec les contes de Robert son oncle.