--Patience, ma chère dame! nous allons voir, répondit celui-ci avec embarras et tristesse en posant les doigts sur l'artère.

--Jamais ni elle ni moi ne pourrons vous remercier de vos bons soins,» dit le malade, faisant effort pour presser le bras du docteur de la main qui lui restait libre.

Le médecin continuait son silencieux examen. Enfin, comme par un soudain effort de mémoire, il demanda si l'on avait fait usage de la potion ordonnée la veille.

«Les enfants viennent seulement de l'apporter. On l'a refusée hier à la pharmacie, et, j'en suis bien sûre, c'était le soir qu'il la fallait prendre, n'est-ce pas? Peut-être qu'alors il aurait dormi! Il a beau se tenir tranquille, je sais bien, moi, qu'il ne ferme pas l'oeil; ah! c'est bien mal! Ce n'est pas ainsi qu'on sert les riches!

--Ils sont moins nombreux, ma chère; on a plutôt fait de les servir. Docteur, la pauvre mère se tourmente; songez qu'elle a ses enfants et son malade à servir; mais, croyez-moi, nous n'avons qu'à nous louer du dispensaire; ils ont à répondre à tant de gens! Dieu voulût que nous fussions les seuls à souffrir!

--Je ne peux pas l'entendre parler ainsi; non, je ne le peux pas! murmura la femme, et elle quitta la chambre.

--Eh bien! elle a raison, reprit le docteur; la potion vous procurera une meilleure nuit. Prenez-la ce soir. Pour le moment, je ne vois pas autre chose à faire. Le lait de votre femme vous passe toujours à merveille, n'est-ce pas? Je ne vous conseille aucune autre nourriture.

--Docteur, je vous en supplie, ne l'ordonnez plus;» reprit le malade avec une énergie dans la voix et une décision dans le regard que je ne lui avais pas encore vues.--«Entre son enfant et moi elle s'épuise. Vous savez bien que je n'ai plus rien à nourrir, docteur; et c'est la tuer, elle! Ne sentez-vous pas qu'elle aura besoin de toutes ses forces?

--Paix! ignorez-vous donc que soutenir l'espoir c'est soutenir la vie? C'est plus pour elle que pour vous que je vous ordonne son lait. D'ailleurs, ne faut-il pas que les malades obéissent sans mot dire? et pourquoi les appellerait-on patients, s'il vous plaît? Allons, allons! cela ira mieux; bon courage! Il faut se remonter un peu; courage, vous dis-je.

--Croyez-vous que j'en aie manqué? murmura le malade doucement.