L'étranger ne parut voir ni cette pièce triste et nue, ni la couche labourée par cette longue lutte entre la jeunesse et la mort, ni ce visage osseux et livide qui m'avait si fort remué le coeur le matin. Son oeil distrait errait dans le vague, évitant de s'arrêter sur quelque aspect désagréable pour lequel sa lèvre à demi relevée témoignait d'avance son dégoût.
«Hé bien! ce travail, dit-il, je comptais dessus ce matin. Savez-vous que deux ou trois jeunes gens de talent me l'avaient demandé? je pourrais me trouver fort mal de vous avoir donné la préférence.»
Ayant enfin jeté les yeux vers l'endroit où il entendait un sourd murmure, et d'où paraissait devoir venir la réponse inattendue, le nouveau venu tressaillit:
«Malade! reprit-il; diable! c'est fort malheureux pour moi; je ne puis de ma chaire déclarer que vous êtes malade; c'est vraiment déplorable de se trouver, en vue, chargé de toutes les responsabilités. Je disais bien aussi que ces leçons en ville vous tueraient; il faut savoir attendre. Vous ne devez pas douter qu'un jour ou l'autre je ne vous case!
--Je n'en doutais pas, mais d'ici là il fallait vivre, dit enfin le malade d'une voix faible.
--On s'arrange pour vivre de peu; tant de gens se tirent d'affaire à merveille avec huit sous par jour, encore faut-il savoir se passer quelque chose.»
Le mourant fit un mouvement; je m'avançai, «Le docteur a défendu de faire parler son malade, dis-je. Ne voyez-vous pas qu'il est fort mal? ajoutai-je plus bas.
--Mais mon travail! reprit à voix haute le monsieur ôtant son chapeau pour passer avec impatience la main dans son toupet luisant qu'il ramenait en boucle arrondie sur son front, mon travail! Vous devez tout au moins avoir préparé quelques notes?
--Le canevas de la leçon est à peu près terminé, dit le malade avec effort; là!» et son regard languissant désigna un carton près de la fenêtre.
L'étranger s'élança vers le bureau, et feuilletant quelques papiers: