«Malgré l'importance des divers documents que nous avons réunis dans ce volume, dit le traducteur, notre travail serait de peu d'utilité, si nous laissions entièrement de côté les antres parties de l'Institut. Dans un ouvrage qui n'est à proprement parler qu'un recueil de pièces mises sous les yeux du public, nous devions du moins donner une idée des principales règles et du ratio studiorum. Nous devions aussi insister sur les points contestés, et mettre en évidence, par le rapprochement impartial de passages extraits des Bulles, des formules de toutes les parties de l'Institut, l'esprit des Constitutions. C'est ce que nous avons essayé de faire dans les notes rejetées à la fin du volume. Ces notes ne sont pas un commentaire epigrammatique, elles viennent toujours à propos de quelques passages des Constitutions qu'elles expliquent et développent au moyen de citations textuelles. Nous aurions pu facilement, à l'aide de ces notes, rédiger une exposition suivie des lois de la société; nous avons mieux aimé laisser chacun en particulier faire ce travail, et nous nous contentons de l'avoir préparé en en réunissant les matériaux.»
Catalogue des livres composant la bibliothèque poétique de M. Viollet Le Duc.--Paris, chez L. Hachette, libraire de l'Université royale de France, rue Pierre-Sarrazin, 12.
M. Viollet Le Duc nous fait connaître dans la préface de son livre par quelles circonstances il a été amené à former la précieuse collection dont il nous donne aujourd'hui le catalogue raisonné. Il se vit forcé en 93, à l'époque où les collèges furent fermés, d'abandonner ses études commencées à peine. Plus tard, il les reprit n'étant plus un enfant et cherchant lui-même sa route dans les origines de la littérature française. Les recherches auxquelles il se livra étaient alors faciles. La spoliation des grandes bibliothèques avait couvert de livres curieux les quais et les boulevards. Ces livres, alors à vil prix, sont aujourd'hui introuvables et surtout horriblement coûteux. Les Anglais accourus en 1814 ont fait main basse sur tout ce qui restait de ces inappréciables bouquins.
Depuis longtemps la bibliothèque de M. Viollet Le Duc était bien connue de tous ceux qui s'occupent en antiquaires de la poésie française; trésor d'autant plus précieux que le propriétaire y laissait puiser à pleines mains, appelant lui-même l'attention des curieux sur ce qu'il avait de plus rare et leur prodiguant les conseils de son érudition en même temps que les documents par lui rassemblés à grands frais. Bien des gens ont ainsi contracté envers lui des obligations qu'ils ont eu le soin de tenir secrètes. D'autres, au contraire, les ont hautement avouées, M. Sainte-Beuve notamment, dans le Tableau historique et critique de la poésie française, porte à plusieurs de ses pages l'expression d'une reconnaissance honorable.
M. Viollet Le Duc n'est donc pas un de ces bibliotaphes--le mot est de lui.--qui achètent de vieux livres pour les enfouir sous l'acajou et le palissandre, et qui se garderaient bien d'y toucher eux-mêmes, tant ils ont de respect pour ces reliques chèrement payées. Par une conséquence bien naturelle, le catalogue de M. Viollet Le Duc ne ressemble point aux sèches nomenclatures dressées par un commissaire-priseur. C'est un véritable livre, un véritable cours de littérature poétique, tel qu'il n'en existait aucun avant la publication de ce beau travail. Nous trouvons au début et en guise d'introduction, un tableau de toutes les Poétiques, depuis le Grand et vray Art de plaine rhétoricque, par Pierre Fabry (très-expert scientifique et vray orateur), jusqu'au poème de François de Neufchâteau sur les Tropes. Viennent ensuite les dictionnaires d'épithètes, de synonymes et de rimes, depuis l'ouvrage de M. de La Porte, Parisien (1602), jusqu'au Dictionnaire de Michelet (1760), le meilleur ouvrage de cette espèce. Après cela, les recueils de poésies mêlées, tels que ceux de Sinner, bibliothécaire de Berne, de M. de Bock, de Lambert Doux fils, gentilhomme bruxellois; les Quinze Joyes de Mariage; les Blasons, colligés par Méon; le Parnasse, de Gille Corozet; les Marguerites, d'Esprit Aubert; les Muses illustres, de Colletet; le célèbre Recueil de Sercy; les Pièces choisies de La Monnoye; les Epigrammatismes, de La Martinière; tes Annales poétiques, attribuées à Sauterau de Marsy et Imbert, le tout finissant aux Bijoux des neuf Soeurs, publiés en 1796, chez Didot jeune.
Parmi les notices qui suivent, et qui comprennent le plus grand nombre des ouvrages de poésie publiés en France depuis le treizième jusqu'à la fin du dix-septième siècle, nous aurions à citer trop d'études nouvelles, trop de points de science habilement discutés et éclaircis, trop de morceaux charmants pour la première fois mis en lumière, et les bornes de cet article nous permettent à peine de signaler sommairement l'analyse du Livre des Quatre Dames, par Alain Chartier; les pages consacrées à François Villon et à Martin Franck; les détails donnés sur le Jardin de plaisance de l'Infortuné; enfin, un long et complet travail sur le Séjour d'honneur d'Octavien de Saint-Gellais. Ce livre, presque totalement inconnu, qui contient et décrit des faits historiques et des traits de moeurs du plus grand intérêt, n'avait jamais été suffisamment examiné. Il devra désormais une véritable importance au catalogue de M. Viollet Le Duc.
Nous terminerons cette appréciation bien sommaire et bien insuffisante par quelques beaux vers tires des oeuvres de Jean et de Jacques de La Taille. Ils sont placés dans la bouche d'un vieux courtisan, qui décrit ainsi les ennuis de son état:
Il (le courtisan) doit négocier pour parents importuns,
Demander pour autruy, entretenir les uns;
Il doit, estant gesné, n'en faire aucun murmure,