«Courage!» me répéta la même voix. Et une corde me fut jetée.

Je la saisis au vol; mais retirée trop vite, elle glissa dans ma main amortie, et le léger bruit qu'elle fit en retombant contre le bordasse du petit navire produisit sur moi l'effet d'un coup de canon.

«A vous encore!» Une seconde corde tomba sur l'eau près de moi. Celle-ci était doublée. Je la saisis et la passai sous mes bras.

J'ai su depuis que j'avais les yeux ouverts et que je parlais très-distinctement, lorsqu'on parvint à un hisser sur le pont. Une fois là, par exemple, toute force m'abandonna, et je ne sentis pas même une balle qui me fracassa le poignet pendant que mes deux braves camarades me trainaient vers l'écoutille.

Le rempart n'était pas à plus de soixante verges du bâtiment, et les Français, très-décidés à nous faire boire jusqu à la lie le calice amer de la défaite, tiraient sur nous sans pitié.

Dans la cabine où mon généreux compagnon d'armes me descendit, il n'y avait qu'un autre blessé, un sergent du 91e, nommé Briggs, atteint à l'épaule d'un coup de feu. Il souffrait horriblement et ne se faisait faute de plaintes et de cris. On m'avait étendu aussi loin de lui que le comportait l'étendue de notre commun asile, et quand je fus ranimé, nous ne nous adressâmes pas un seul mot.

Mon sang coulait d'une manière inquiétante. Je parvins à

[Note du transcripteur: Deux lignes illisibles.]

Au bout d'une heure environ, j'éprouvai une soif ardente, et je le dis à mon compagnon, qui d'un grand sang-froid me répondit par ce seul mot: