Ferme galloise pillée et incendiée pendant la nuit par les Rébeccaïtes.
Quelles sont les causes du rébeccaïsme? On pourrait les résumer en un seul mot, la misère. La population galloise vit chétivement de l'exploitation des mines, des travaux métallurgiques et de l'élève des bestiaux. Le salaire, qui est, en terme moyen, d'un schelling (1 fr. 25 c.) par jour, suffirait strictement aux ouvriers s'il n'y avait jamais de chômage; mais la stagnation générale des affaires interrompt trop souvent le travail des forges et des mines; le dénuement de la classe laborieuse est aggravé par les impôts qui pèsent sur la houille, les grains et la chaux. Les paysans vont chercher aux fours ce dernier produit, qu'ils emploient comme engrais, et quand le trajet est long, ils rencontrent en chemin tant de toll-houses, qu'il leur arrive de débourser six livres sterling de péages pour une valeur de cinq livres sterling de chaux. Une autre taxe non moins onéreuse est la dîme, d'autant plus antipathique que les dix-neuf vingtièmes des Gallois appartiennent aux Églises dissidentes.
L'élévation des baux accable les fermiers. Les terres, dans le pays de Galles, n'ont pas une aussi grande étendue qu'en Angleterre, et le sol est beaucoup moins fertile. Les fermes de trois cents acres (1) sont rares; les plus ordinaires comprennent cent quatre-vingts, cent cinquante, ou seulement vingt-cinq acres. Quoiqu'elles offrent peu de ressources, elles sont louées à raison de deux cents, cinquante ou trente livres sterling; les prés sont affermés cinq livres l'acre dans les environs de Carmarthen, trois livres dix schellings dans les vallées, et quinze schellings dans les marécages, ou l'on ne peut faire paître que des moutons et des chèvres. Les fermiers récoltent à peine de quoi payer leurs rendages; ils n'ont pour aliments qu'un pain d'orge grossier, du lait, du fromage, un peu de lard, jamais d'autre nourriture animale; et la détresse oblige parfois les plus pauvres à travailler chez les plus aisés en qualité de simples journaliers (jobbing labourers).
[Note 1: L'acre équivaut à 40 ares 467 milliares.]
Loin de remédier à ces maux, la taxe des pauvres sert de prétexte à de nouvelles récriminations. Les dépôts de mendicité (work-houses) ne peuvent admettre qu'un petit nombre de malheureux, et les pauvres libres végètent sans secours et sans pain.
Les rébeccaïtes se sont proposé de demander compte de ces souffrances, et, sans moyens légaux de se plaindre, ils ont procédé par la violence et la destruction. Les ouvriers mineurs, les forgerons, les agriculteurs, ont formé l'association rébeccaïte, dont le but a été formulé dans une assemblée tenue, le 20 juillet, à Cumlwor, dans le comté de Carmarthen: «Voulant prendre des informations sur les justes griefs du peuple, et adopter la meilleure méthode pour le soustraire aux étonnantes privations qu'il endure, la Convention Nationale décrète la démolition des barrières, l'abolition de la dîme et des taxes, et une réduction de 25 pour 100 sur les fermages.»
Un conçoit qu'avec de semblables intentions les rébeccaïtes se soient concilié les sympathies de la majorité. La population les protège et leur garde le secret. De faux avis égarent les dragons et la troupe de ligne, qui se lassent inutilement à poursuivre les insurgés au nord, pendant qu'on démolit les turn-pikes du midi. Quelques-uns des meneurs ont été arrêtes, et comparaissaient ces jours derniers devant les assises de Swansea, présidées par M. John Morris; mais l'agitation se prolonge, entretenue par la rancune séculaire que gardent aux Anglais les Gallois, descendants des Aborigènes qui furent refoulés dans les montagnes par l'invasion anglo-saxonne.