N'allez pas croire cependant que l'existence du canotier soit exemple de périls; la tempête s'abat sur le pont du frêle navire; les typhons de Saint-Ouen, le mistral de Saint-Maur viennent mettre en danger la frêle embarcation; souvent tous les efforts deviennent inutiles, l'esquif chavire, il faut gagner le rivage à la nage; heureux si, en touchant au bord, l'équipage se trouve encore au complet.

Les accidents sur la rivière sont assez fréquents; leurs résultats seraient bien moins souvent désastreux si le désir de faire de la couleur locale, de passer pour de vrais flambards, ne poussait l'imprudent canotier à des excès que l'amour de la poésie maritime ne suffit pas toujours à excuser.

Vue intérieure des Bains Deligny.

Vienne un événement dans le genre de celui dont nous venons de parler, une tempête, un naufrage, et le malheureux flambard, gêné par l'excédant de couleur locale qui surcharge son estomac, court le double risque d'être entraîné par le courant et étouffé par le poids de l'eau.

On ne saurait trop recommander aux capitaines de prêcher la sobriété à leurs équipages. Le vrai marin attend d'être à terre pour se livrer à l'ivresse des festins.

Le véritable flâneur de la Seine, c'est le pêcheur à la ligne. En voilà un que les moqueries populaires n'ont pas épargné; il résiste depuis des siècles aux sarcasmes de vingt générations; c'est l'homme fort d'Horace: il pêcherait à la ligne sur les ruines, du monde. Il se tient là, la ligne tendue, l'oeil aux aguets, faisant silence, s'étonnant, durant une journée entière, de la ténacité du poisson à ne pas mordre à l'hameçon; il n'aurait qu'à lever les yeux pour jouir d'un des plus admirables panoramas qui soient au monde: il reste le regard fixé sur un morceau de liège qui flotte sur l'eau.

La pleine eau.

Appliquez cette patience, cette puissance de concentration sur un objet plus relevé, les mathématiques, par exemple, et vous avez Archimède ou Newton. Il y a du pêcheur à la ligne au fond de tout homme de génie.