Mais ne poussons pas plus loin ce paradoxe; d'autres objets réclament notre attention. Le thermomètre de l'ingénieur Chevalier, qui est aussi une des curiosités des bords de la Seine, promet un jour exempt d'orages et permet l'accès de l'eau au baigneur parisien. Aujourd'hui la natation est devenue une mode pour tout le monde et un besoin pour quelques-uns: les cercles de bains sont passés à celui de monument public. Que de progrès depuis l'école-Petit jusqu'à l'école-Deligny! L'école-Petit est en quelque sorte la Sorbonne de la natation, l'école Deligny en est le café de Paris. L'une a conservé sa physionomie classique et sévère; c'est là que les élèves de Sainte-Barbe, de Rollin, d'Henri IV, viennent rafraîchir leurs membres fatigués par les luttes universitaires; l'autre est coquette, somptueuse, élégante comme un vaste boudoir. On y marche sur des tapis, on y fume le cigare de la Havane ou la cigarette de Latakié; on y prend des glaces et des sorbets. L'école-Deligny est dentelée, festonnée, pleine d'arceaux et d'ogives comme un palais mauresque. C'est un Alhambra flottant, un Alcazar bâti sur pilotis.
Ce que nous disions tout à l'heure du canotier et du pêcheur à la ligne, peut s'appliquer également au nageur; il est type comme les deux autres. Le nageur ressuscite l'antique fable des Tritons, il passe sa vie à l'école de natation, c'est-à-dire dans l'eau. Entré le premier dans l'établissement, il en sort le dernier; il décide les paris, juge les plongeons, punit les passades déloyales et règle l'ordre et la marche de la pleine-eau. C'est une royauté qui commence avec le premier lilas et finit avec la dernière hirondelle.
Quittons l'école de natation et remontons sur le Pont-Royal; de là nous pourrons embrasser le cours entier de la Seine. Toute l'histoire de Paris, représentée par ses monuments, se reflète dans ces ondes fugitives; l'Institut devant des bains publics, l'Hôtel-Dieu devant un bateau de blanchisseuses, la place de Grève devant un pêcheur à la ligne. A chaque instant ce sont de nouveaux contrastes: le quai aux Fleurs touche au Palais-de-Justice, les roses auprès des verrous; la Morgue est à côté d'un marché, la mort et la vie; la Préfecture de Police est vis-à-vis l'hôpital, le crime et le malheur, le vice et la misère. Le Louvre, les Tuileries, les Invalides, l'Hôtel-de-Ville, la Chambre des Députés, l'hôtel des Monnaies, au-dessus de ces édifices, les tours de Notre-Dame. En voyant ces monuments échelonnés sur les rives de la Seine, on serait tenté de croire que les architectes ont voulu que le fleuve portât aux flots de l'Océan quelque image de la grandeur de la France.
Cours Scientifiques.
ÉCOLE DE MÉDECINE.
BOTANIQUE.--M. MARTINS, PROFESSEUR AGRÉGÉ.
La brillante verdure qui renaît chaque année à nos yeux ne sert pas uniquement, comme quelques-uns de nos lecteurs le pensent peut-être, à parer nos campagnes et à nous offrir de frais abris pendant la chaleur du jour. Avant d'étendre ses bienfaits sur l'homme, elle est utile au végétal lui même; c'est par son entremise que la plante se met en rapport avec l'atmosphère et y élabore les sues qu'elle a puisés dans le sol; les feuilles sont, en un mot, les organes principaux de la respiration végétale, les poumons des végétaux. Dans les climats des tropiques, sous un ciel brûlant mais plus pur, la nature est plus riche et mieux parée, une végétation luxuriante se montre de toutes paris, et cette surabondance de vie se manifeste à l'extérieur par un développement admirable des organes foliacés, les poumons présentent une surface plus étendue, et la vie végétale atteint son plus haut point de perfection.
En quoi consiste donc cette respiration, ce phénomène important, qui tient le règne animal et le règne végétal tout entiers sous son influence mystérieuse? Nous avons déjà répondu en partie à cette question dans notre dernier numéro: nous avons donné une idée de la manière dont la respiration s'exécute chez les animaux; nous allons étudier aujourd'hui cette fonction dans le règne végétal; le cours que vient de terminer à l'École de Médecine M. Martins, professeur agrégé, nous en donne l'occasion.
Avant d'aborder l'étude de la respiration végétale, il faut bien nous rendre compte de la signification exacte des termes dont nous allons faire usage. Nous avons en effet une distinction importante à établir: nous reconnaissons dans une plante des parties vertes et des parties colorées, et nous entendons, avec tous les botanistes, par parties colorées tout ce qui n'est pas vert; ainsi, pour nous, la fleur du lis sera colorée, quoiqu'elle soit blanche; les racines, les vieilles tiges, les fleurs, leurs enveloppes et les fruits, sont des parties colorées. Cela posé, étudions successivement la manière dont, ces différentes parties agissent sur l'air atmosphérique. L'air, comme chacun le sait, est un mélange de deux gaz; l'oxygène et l'azote. Un volume d'air offre sur 100 parties à peu près 79 parties d'azote et 21 parties d'oxygène; il renferme en outre des traces d'acide carbonique. On s'étonne, au premier abord, qu'une proportion si faible de ce dernier gaz puisse, comme nous allons le voir, jouer le rôle principal dans la respiration végétale; mais cet étonnement disparaît quand on songe à l'immensité de la masse d'air qui nous entoure. Nous ne recueillons dans nos expériences que très-peu d'acide carbonique parce que nous ne soumettons à l'analyse qu'une très-petite quantité d'air, mais le calcul nous apprend que l'atmosphère renferme en réalité 1,500 billions de kilogrammes de carbone.
Fonctions des parties colorées.--Les parties colorées des plantes absorbent l'oxygène et exhalent l'acide carbonique. Ce phénomène a lieu en tout temps, et de jour comme de nuit.