Bagnères de Bigorre est située, sur la rive gauche de l'Adour, en bas de la colline et du mont Olivet; elle est propre et bien bâtie, entourée de collines cultivées, dominée, au loin par le pic du Midi et par la chaîne des monts adjacents, qui offrent de tous côtés des points de vue délicieux. Le vent qui sort de ces gorges arrive dans les rues de la ville doux et frais, et contribue à faire de son climat l'un des plus sains des Pyrénées. Tout du reste, dans cet heureux pays, concourt à attirer, à retenir les étrangers; on voudrait y venir quand même il n'y aurait pas d'eaux minérales, et quand on y a posé sa tente, on voudrait y rester toujours. C'est surtout quand ou a parcouru la vallée de Campan que cette impression se fait sentir et passe à l'état d'idée fixe. Durant trois lieues, depuis Bagnères jusqu'aux premiers escarpements, vers Sainte-Marie, la route ne forme qu'un seul village; sur trois points seulement, à Beaudéan, à Campan et à Sainte-Marie, les habitations se rapprochent et se groupent autour d'un clocher, qui indique la maison de Dieu. Sur la montagne on trouve des arbres d'une végétation extraordinaire; et partout, de l'eau, de l'eau dans la ville, dans les rues: de l'eau hors des portes, des allées de tilleuls qui conduisent le baigneur, à l'abri du soleil, aux différents établissements de bains.

Le plus vaste de ces établissements est celui qui porte le nom de Marie-Thérèse. La façade a une étendue de 63 mètres de longueur sur 10 mètres de hauteur, non compris le rez-de-chaussée. Dans l'intérieur se trouvent les cabinets et leurs baignoires de marbre, des lits de repos, un double appareil fumigatoire, une grande salle de réunion, un salon de lecture, un billard. Par derrière, un beau jardin embellit cet édifice. Un vestibule, situé au centre et dans lequel on arrive par un large perron, sert d'entrée principale.

Quant aux buts de promenades et d'excursions, ils sont nombreux dans une vallée si heureusement située. Des divertissements y sont fréquents, car Bagnères peut donner asile à trois mille étrangers; aussi est-ce un des établissements de bains les plus à la mode.

Nous voudrions pouvoir vous faire visiter encore quelques-unes de ces contrées privilégiées où l'été voit affluer les visiteurs et les promeneurs; nous aurions voulu vous parler de Vichy, de Néréis, dont les eaux sont souveraines contre la goutte; nous vous aurions révélé, si l'espace ne nous manquait, l'existence d'eaux sulfureuses qui ont eu le sort de toutes les choses d'ici-bas, qui, après avoir eu la vogue, sont aujourd'hui oubliées ou plutôt méconnues; nous vous aurions mené à Cransac, au beau milieu d'un pays agreste, sauvage, auquel il ne manque que des ours pour lutter avec l'aspect des Pyrénées, et qui compte bien s'en procurer avant peu. Il y a à Cransac les eaux anciennes et les eaux nouvelles, dont l'emploi est ordonné pour les engorgements abdominaux. Au milieu de la montagne, au centre d'un bois touffu de châtaigniers, se trouvent des étuves, dans lesquelles l'air est chaud et chargé de vapeurs sulfureuses. Cet établissement, trop peu connu, serait susceptible de grandes et importantes améliorations: les rhumatismes chroniques, les douleurs des articulations, les névralgies, les sciatiques, ont souvent été guéries comme par enchantement après cinq ou six bains d'étuves. Et puis, comme excursion, il y a près de là la montagne brûlante de Fontaynes, ancienne houillère, qui a pris feu depuis un grand nombre de siècles.

Le Mont-Dore, qui est notre dernière étape pour cette année, est adossé à la base de la montagne de l'Angle, d'où naissent les sources, et à peu près au milieu d'une profonde vallée qui se courbe en croissant du nord au midi, et que la Dordogne, qui y prend naissance, sillonne dans toute sa longueur. La végétation des montagnes est partout vigoureuse.

On voit sur ces montagnes de fréquentes et profondes anfractuosités, souvent couronnées par d'énormes bancs de rochers laissés à nu par les éboulements. La sévérité de leur aspect, leurs pentes verticales, les flancs noircis et absolument nus de ces étroites déchirures, leur ont fait donner le nom de cheminées ou gorges d'enfer. D'énormes roches pyramidales s'élancent en aiguilles du fond de l'abîme. Tout cela a un aspect étrange et profondément désolé: ou y voit la main de l'homme qui lutte sans cesse contre les grandes convulsions de la nature, et qui parvient à grand'peine à s'assurer un abri contre des éboulements sans cesse renaissants.

Il y a au Mont-Dore sept sources d'une température assez élevée, à l'exception d'une seule qui est froide. L'établissement, fondé en 1810, est tout entier construit en laves volcaniques et présente trois grandes divisions: deux pavillons formant ailes, et où s'administrent bains et douches, et un grand bâtiment formant façade et où se trouve le grand salon de réunion, avec deux salles de billard au premier, et au-dessous les piscines réservées aux indigents.

Et maintenant, lecteur, vous qui pouvez aller aux Pyrénées ou en Auvergne, partez, volez, où vous appelle le bienheureux far niente; allez ébaucher le commencement d'un roman intime, dont vous viendrez trouver le dénouement à Paris l'hiver prochain. Allez, que l'été vous soit court, et que les bains vous lavent de toutes les souillures de la vie parisienne!

Le jeune Lapin et le Renard.

FABLE.