Prenez des guides, touristes, et ne faites que ce que vous leur voyez faire.

Les eaux minérales des Pyrénées le plus à la mode sont celles de Baréges et des deux Bagnères.

Baréges est dans une situation agreste, au centre des Pyrénées, entre deux rangs de montagnes parallèles et taillées à pic, sur la rive droite du Bastan, qui traverse le vallon de Baréges. Cette espèce de gorge étroite qui, quand les baigneurs sont partis, devient le domaine de messieurs les ours, n'est habitable que pendant quatre ou cinq mois de l'année. Les habitants l'abandonnent au commencement d'octobre, et vont attendre à Luz et dans la vallée de Baréges le retour de la saison des eaux: les maisons restent ensevelies sous la neige, et si quelque curieux s'aventurait à les visiter à ce moment, il ne trouverait pour lui répondre que ces grands ours des Pyrénées, qui trouvent fort commode de s'installer dans des maisons où le froid ne les atteint pas et où ils ont, en fait de nourriture, autre chose que leurs pattes à lécher. Baréges a une soixantaine de maisons situées sur une seule et unique rue.

La route de Tarbes à Baréges, par Pierrefitte et Luz, est l'une des plus hardies et des plus pittoresques de tous les pays de montagnes. Elle côtoie alternativement l'une et l'autre rive du Gave, au-dessus duquel on a jeté des ponts d'une hardiesse extraordinaire; on en compte sept de Pierrefitte à Luz: trois sur le Gave, dans la première moitié du trajet; un quatrième à l'endroit le plus resserré, le plus sauvage, sur le torrent qui descend du versant gauche, où se voit encore un ancien arceau appelé le pont d'Enfer; celui de la Heillardère, tout en belles pierres serpentines: ce pont est surmonté d'un obélisque.

On dit que la découverte des sources de Baréges ne remonte qu'à quatre siècles. Elles formaient alors une espèce de cloaque, d'où s'exhalaient des vapeurs qui attirèrent l'attention des habitants; mais c'est madame de Maintenon qui commença leur célébrité et fit recueillir les eaux qui s'échappaient des deux principales sources.

Les sources de Baréges sont au nombre, de six, dont la température varie de 28 à 44 degrés. Elles sont apéritives, diurétiques et sudorifiques, agissent d'une manière spéciale dans les vieilles plaies d'armes à feu et dans les douleurs rhumatismales.

Bagnères de Luchon est moins sauvage que Baréges; c'est une petite, ville située à l'extrémité de la vallée de Luchon, à peu près au milieu de la chaîne des Pyrénées; elle est bien bâtie, traversée dans tous les sens par des rues larges, propres et bien pavées, dont la principale mène, à l'établissement des bains. La ville forme un triangle dont chaque angle donne accès à une allée, plantée l'une de platanes, l'autre de sycomores et la troisième de tilleuls; c'est cette dernière qui conduit de la ville aux bains. Les eaux thermales sulfureuses! de Bagnères de Luchon jouissaient déjà d'une grande célébrité chez les Romains, comme le prouvent un grand nombre de débris d'autel, de sarcophages, sur lesquels on lit des inscriptions latines.

L'édifice thermal, situé au pied d'une montagne, est un bâtiment vaste, élégant, commode, construit depuis 1807. Sa forme offre un rectangle et a quatre grandes portes. Dans l'intérieur est un vestibule carré, et de chaque côté de longs et larges corridors voûtés en maçonnerie et carrelés en dalles; ils donnent accès dans les cabinets garnis de baignoires en marbre des Pyrénées.

C'est à Bagnères de Luchon que se donnent rendez-vous les géologues, les botanistes, les minéralogistes et, les peintres, qui trouvent tous une ample moisson à faire dans les environs. Le village de Juzé offre une cascade magnifique. Le monticule de Castel-Vieil est terminé par un plateau où se voient, encore les ruines d'un antique château féodal, dont les débris sont en harmonie parfaite avec le paysage qui les environne. A mi-hauteur de la montagne de Cazeril, se trouve un charmant village, dont les baigneuses font souvent un but d'excursion, et qu'elles atteignent au moyen de ces petits chevaux si vifs et dont le pied est si sur.

La promenade la plus pittoresque des environs de Bagnères est la vallée du Lis, dont le fond offre plusieurs belles cascades. Cette vallée est ombragée par de magnifiques forêts, derrière lesquelles s'élève majestueusement la cime nue et neigeuse de Cabrioules, qui appartient à la masse des montagnes de l'Oô. Sur ces montagnes se trouve un lac d'un aspect saisissant; pour y arriver il faut traverser des forêts de sapins dont l'éternelle verdure contraste avec la neige, qu'on aperçoit sur les cimes. On entend de loin le bruit d'une cascade qui se précipite de 300 mètres de hauteur, et dont les eaux donnent naissance à un vaste bassin de 6,000 mètres de circonférence, qui porte le nom de lac d'Oô; au-dessus sont quatre autres lacs, dont le dernier est glacé. Non loin de là s'élève la montagne Maladetta, dont les hauteurs sont toujours couvertes de neiges et de glaces.