Ce vaudeville confirme cet excellent précepte, qu'il n'est pas toujours profitable de prendre le bien d'autrui. Les auteurs, MM. Dennery et Clairville, ont fait cependant comme les prédicateurs, qui ne mettent pas en action les belles maximes qu'ils enseignent: ils ont pris à tout le monde les meilleurs mots et les meilleurs couplet de leur pièce, et le larcin leur a mieux réussi qu'au marquis de Grandmaison.
--Mademoiselle Hortense fait par la fenêtre un signe d'intelligence à son cousin, qui demeure en face d'elle, et ce signe ressemble quelque peu à un baiser; un mais qui demeure au-dessous du cousin prend ce signe ou ce baiser pour lui, et le renvoie immédiatement à mademoiselle Hortense, poste pour poste.
Le père surprend ledit baiser au passage, s'indigne, tempête, menace, ce qui jette notre niais dans une complication de dangers, de peurs, de duels et de désastres contre lesquels il faudrait un coeur de lion, tandis que lui n'a qu'un coeur de lièvre. Il s'enfuit donc, perdant à la bataille mademoiselle Hortense qu'il venait épouser, et que le cousin en question lui escamote.
M. Bénard a pris ce vieux vaudeville à son compte, comme s'il était nouveau. La vérité est qu'il n'est pas plus à M. Bénard qu'à moi; c'est un vaudeville à tout le monde, qui ressemble à tout et ne ressemble à rien.
Le Lizard coulé par le Véloce.
Dans la nuit du 24 au 25 juillet, le bateau à vapeur anglais le Lizard a été coulé par le steamer de guerre français le Véloce, à environ 25 milles Est de Gibraltar, et en se rendant à Barcelone.
Le Lizard avait quitté Gibraltar le lundi 24 au soir, avec une bonne brise du sud; le vent fraîchit vers minuit, et le ciel chargé de nuages rendait l'obscurité complète. Quelques minutes avant l'abordage, les hommes de quart à bord du Lizard, apercevant un steamer qui venait droit sur eux, lui firent des signaux et le hélèrent. Evidemment, l'équipage du bateau à vapeur français n'aperçut pas les signaux et n'entendit pas les cris, car le navire continua sa marche et vint donner avec une force excessive par le travers du Lizard, près de la machine. Le choc fut si violent, que tous ceux qui étaient sur le pont du Lizard furent renversés, et que le quart en bas sauta en chemise sur le pont.
On reconnut aussitôt que: le navire avait fait de grandes avaries, et que l'eau y entrait avec rapidité; bientôt il devint évident que tous les efforts pour le sauver seraient vains, car il coulait bas. Cependant les officiers et l'équipage travaillèrent, pour le maintenir à flot, jusqu'au moment où l'eau, éteignant tous les feux, interdit l'emploi des machines. Le steamer français n'a fait aucune avarie sérieuse, et il est resté près du Lizard, pour lui fournir tous les secours possibles. Quand tout espoir de sauver le navire anglais a été perdu, on a fait passer l'équipage à bord du Véloce, à l'aide des chaloupes des deux navires, et cette opération s'est faite sans aucun accident. A peine le dernier homme de l'équipage était-il en sûreté sur le bateau à vapeur français, que le Lizard s'engloutit, deux heures environ après l'abordage.