Ce rosaire, cette croix, devaient être mêlés, hélas! et de quelle manière, aux aventures de l'infortunée!

Bulletin bibliographique.

Histoire de la Chimie, depuis les temps les plus reculés jusqu'à notre époque; comprenant une analyse détaillée des manuscrits alchimiques de la Bibliothèque royale de Paris, un exposé des doctrines cabalistiques sur la pierre philosophale, l'histoire de la pharmacologie, de la métallurgie, et, en général, des sciences et des avis qui se rattachent à la chimie, etc; par le docteur Ferd. Hoefer. 2 vol. in-8. --Paris, 1843. Au bureau de la Revue scientifique. 17 fr.

Avant la publication de l'ouvrage de M. Hoefer, il n'existait en aucune langue aucune histoire satisfaisante de la chimie. Les notions historiques qui se trouvent disséminées dans l'Encyclopédie méthodique, dans les ouvrages de Borrichins, de Senac, de Fourcroy, de Macquer, etc., méritent à peine une mention. M. Dumas, dans ses Leçons sur la Philosophie chimique, avait, il est vrai, exposé et discuté avec un talent remarquable les théories les plus importantes que la science a fait naître; mais cette esquisse rapide était loin d'être complète. L'Allemagne elle-même restait, sous ce rapport, en arrière de la France et de l'Angleterre; car la Geschichte der Chimie, de Fr. Ginelin, qui commence au neuvième siècle de l'ère chrétienne et qui finit au dix-huitième siècle, n'est, dit M. Hoefer, qu'une stérile énumération de sources littéraires, de noms propres, de découvertes, sans aucun lien philosophique, et dont la lecture ne présente aucun attrait. Quant aux savants illustres, français, allemands, anglais, suédois ou italiens, qui font faire actuellement à la chimie de si rapides et de si brillants progrès, ils sont trop occupés de leurs expériences et de leurs découvertes pour songer à étudier les origines d'une science dont l'avenir les intéresse, fort heureusement peut-être, beaucoup plus que le passé. A défaut d'autres mérites, l'ouvrage que vient de publier M. Hoefer aurait donc celui de la nouveauté. Mais une courte analyse des matières qu'il renferme montrera mieux que tous nos éloges combien de titres la patience, l'érudition et l'intelligence de son auteur ont à la reconnaissance de tous les esprits sérieux qui aiment encore la science, soit pour elle-même, soit pour le bien-être qu'elle peut procurer à l'humanité.

M. Hoefer a divisé l'histoire de la chimie en trois grandes époques, qu'il subdivise à leur tour en plusieurs, sections. «Avant de se constituer, dit-il, la science obéit à une sorte de mouvement oscillatoire qui l'entraîne tantôt vers la théorie, tantôt vers la pratique. Jamais il n'y a équilibre parfait entre le sujet qui observe et l'objet soumis à l'observa lion.

«Trois grandes époques dominent donc la science.

«Dans la première époque, l'intelligence qui observe les faits est, autant que possible, indépendante, libre de toutes les entraves de la superstition et des préjugés systématiques. Bien que dépourvues de preuves scientifiques, les doctrines d'intuition primitive nous étonnent souvent par leur justesse et leur simplicité. Cette époque, qui incline plus spécialement vers la pratique, embrasse toute l'antiquité et s'étend jusqu'au moment de la lutte mémorable entre le christianisme naissant et le paganisme à l'agonie.

«Dans la seconde époque, l'esprit d'observation s'abâtardit. Soumise à la suprématie spirituelle, la pensée abandonne le champ de l'expérience pour se réfugier dans le domaine de la spéculation mystique et surnaturelle. De là l'origine de tant de doctrines fantastiques, enfantées par l'imagination des adeptes de l'art sacré et de l'alchimie. Cette époque, qui incline visiblement vers la théorie, comprend tout le Moyen-Age jusqu'aux temps modernes.

«Dans la troisième époque enfin, qui est la nôtre, la lumière semble apparaître après les ténèbres, comme si la loi du contraste devait s'accomplir partout nécessairement. La science, ce produit sublime de l'équilibre entre l'intelligence et la matière, entre l'expérience et la raison, commence à se manifester, revêtue de ses formes sévères, et entourée de preuves propres plutôt à convaincre la raison, qui tend sans cesse vers l'unité, qu'à parler à l'imagination, qui se plaît dans la variété des choses.»